Le président syrien Ahmad al-Chareh a officiellement constitué le premier Parlement de transition de l'ère post-Assad. Ce Parlement, dont un tiers des membres a été nommé par le président lui-même, se positionne comme un acteur central dans la réforme politique du pays après des années de conflit.
Composé de 210 membres, ce nouvel organe législatif dispose d'un mandat de deux ans et demi, et sa tâche principale sera d'élaborer une nouvelle Constitution pour la Syrie, qui émerge d’une guerre civile dévastatrice.
Arrivé au pouvoir fin 2024 à la tête d'une coalition islamiste qui a mis fin au régime de Bachar al-Assad, Chareh a immédiatement dissous l'Assemblée du peuple, qui n’avait été qu’une simple formalité au service du pouvoir. En mars, il a également promulgué une Déclaration constitutionnelle établissant une période de transition de cinq ans avant de nouvelles élections.
La première réunion du Parlement est annoncée pour le 6 juillet, comme l'a confirmé Mohammad Taha al-Ahmad, président de la Haute commission électorale, lors d'une conférence de presse à Damas.
Parmi les députés nommés, 15 femmes, dont Rouzaina Lazkani et Aïcha al-Debs, une pionnière dans le domaine public depuis l’avènement de la coalition islamiste. De plus, la liste intègre Anas al-Abdé, l’ancien chef de l'opposition en exil, et 13 anciens détenus, comme Hassan Soufan, qui a purgé 12 ans dans les prisons de l'ancien régime.
Ceux qui analysent cette évolution politique, comme le chercheur Maher Tamran, voient dans cette formation parlementaire un mouvement vers la réhabilitation des institutions syriennes. Cependant, il avertit que ce n'est pas la fin de la transition, mais simplement le début des véritables défis à relever.
Malgré ces avancées, des organisations de la société civile critiquent le processus de désignation des membres du Parlement, soulignant une trop grande concentration de pouvoirs entre les mains du président Chareh, qui dirige sans Premier ministre. Elles notent également une représentation insuffisante des différentes composantes ethniques et religieuses du pays, ainsi qu’un manque de femmes.
Le président a défendu le caractère « transitoire » de la situation en affirmant que des circonstances exceptionnelles compliquent la tenue d'élections au suffrage direct, notamment la présence massive de Syriens à l'étranger sans documents en règle.
Le processus de formation a débuté en octobre 2025 avec des comités locaux, établis par une Haute commission présidentielle, qui ont sélectionné une partie des membres. La commission électorale a annoncé en octobre l’identité de 119 membres du nouveau parlement.
En revanche, certaines régions, comme celles à majorité kurde et la province druze de Soueïda, n'ont pas participé au processus, invoquant des motifs de sécurité. La communauté kurde, après avoir négocié leur intégration dans les institutions de Damas, a critiqué le mécanisme de nomination pour son manque de transparence et de représentation.
Soueïda, qui échappe au contrôle central, n'a pas encore désigné ses représentants, mais le président a nommé deux personnes de cette région, au cœur de tensions meurtrières qui ont fait plus de 2 000 victimes. Mohammad Taha al-Ahmad a promis que des élections seraient organisées dans cette région lorsque les conditions le permettront.







