Une affaire qui a captivé l'attention médiatique en Thaïlande révèle des accusations de violences sexuelles impliquant un héritier d'une célèbre famille brasseuse, entraînant une prise de conscience sans précédent sur ce sujet délicat dans un pays souvent conservateur.
Siranudh Scott, membre de la famille Bhirombhakdi, détentrice de la marque Singha, a partagé une vidéo bouleversante dans laquelle il accuse son frère aîné, Sunit, d'agressions sexuelles au cours de son enfance. Dans une réponse, Sunit a rejeté ces allégations dans une vidéo distincte.
"J'ai ressenti une pression insupportable de garder le silence, mais il était temps de parler", a déclaré Siranudh à l'AFP, ajoutant que les faits se seraient produits pendant ses vacances d'été entre 9 et 13 ans.
Il a déjà informé sa famille de ces violences il y a trois ans, mais avait accepté une compensation en échange de son silence. Récemment, une dispute immobilière avec sa mère l'a amené à changer d'avis et à envisager des actions judiciaires : "J'ai vécu dans un environnement qui a étouffé ma voix".
La marque Singha, reconnue internationalement pour son emblématique lion doré, est associée à de nombreux événements sportifs, comme le Chelsea FC et l'écurie Haas en Formule Un.
Suite aux révélations de Siranudh, des figures publiques ont partagé leurs propres expériences sur les réseaux sociaux, un sujet longtemps resté sous silence en Thaïlande. Patinya Kuantrakul, héritière d'un célèbre parcours de golf, a témoigné avoir subi un viol à 11 ans, entraînant une grossesse imposée et un avortement.
L'influenceur et podcasteur Taylor Srirat a aussi évoqué une agression sexuelle subie dans sa jeunesse. Ces témoignages ont suscité un élan d'empathie dans le pays, incitant de nombreuses victimes à s'exprimer pour la première fois.
"Le témoignage de Siranudh a fait naître une vague de solidarité, tant en Thaïlande qu'à l'étranger", a-t-il déclaré.
Cette évolution est inhabituelle dans un pays où les victimes de violences sexuelles préfèrent souvent se taire pour éviter la stigmatisation. Selon l'avocate spécialisée Busayapa Srisompong, la hiérarchie sociale et le souci de préserver la réputation familiale compliquent encore plus l'expression des victimes.
La famille Bhirombhakdi est classée parmi les plus riches de Thaïlande par Forbes, avec un patrimoine de 1,75 milliard de dollars. Les experts estiment que cette affaire pourrait représenter un tournant dans la lutte contre les violences sexuelles en Thaïlande, qui a longtemps échappé à l'impact du mouvement #MeToo.
Des universitaires comme Apitchaya Chaiwutikornwanich soulignent que les jeunes générations commencent à revendiquer leur droit à disposer de leur corps, marquant un changement de mentalité progressif.
Siranudh, maintenant activiste écologiste, a pris ses distances avec la dynastie familiale. Boonrawd, la maison-mère de Singha, a récemment déclaré que Sunit, qui occupait une position de direction, avait été destitué de ses fonctions, sans autre commentaire immédiat sur la situation.
Sunit, tout en niant les accusations d'abus, a admis avoir eu des interactions physiques brutales entre frères. Ce conflit familial et ses conséquences continuent de mettre en lumière un problème social brûlant en Thaïlande.







