Mohamed Ali Hijazi est un homme brisé. Sa mère, son cousin, sa sœur et les deux enfants de cette dernière ont été tués lors d'une frappe israélienne, juste avant le début d'une trêve entre Israël et le Hezbollah, le 16 avril.
Avec un album photo abîmé contre lui, Mohamed Ali Hijazi, âgé de 48 ans, fouille les débris d’un immeuble de Tyr, à la recherche de souvenirs de sa famille. Cinq membres ont été victimes d'une frappe israélienne, quelques instants avant la trêve. « J’essaie de retrouver la brosse à cheveux de ma mère […] et un flacon de son parfum préféré », répète-t-il, l'air hagard. Ces objets, il les lui avait offerts peu auparavant. « Je n’ai toujours pas digéré ce qui est arrivé. Ma vie est ruinée. Je n’ai pas dormi depuis cinq jours […] je sens que mon cœur va s’arrêter », confie-t-il.
Coussins, matelas, duvet : les décombres sont jonchés d’objets
Le bombardement a causé la mort de sa petite sœur, Ghazwa, et des deux jeunes enfants, ainsi qu’un cousin. Sa mère, Ikhlass, bien que dégagée des décombres, a succombé à ses blessures. Miracle, son père et un neveu ont survécu. Mohamed, habitant en France depuis seize ans, raconte qu’il a appris via les réseaux sociaux qu’une attaque israélienne avait détruit plusieurs immeubles à Tyr. « Je me suis effondré », murmure-t-il, submergé par l’horreur. Il a immédiatement pris un vol pour le Liban, ne pouvant s’empêcher de contempler les restes de sa famille « en morceaux », ajoutant : « C’était comme un film d’horreur ».
Au moins 27 corps ont été retrouvés sur le site de la frappe. Les débris de l'immeuble où vivait la famille Hijazi sont remplis de souvenirs : coussins, matelas, un duvet rouge, ainsi qu'un égouttoir à vaisselle. « Tous mes souvenirs sont ici », confie Mohamed.
Tandis que les pelleteuses dégagent les décombres, le bruit persistant d'un drone israélien plane dans l'air. Le long de la côte, une colonne de fumée s'élève alors que les forces israéliennes poursuivent leurs opérations, affirmant cibler le Hezbollah. « Ici, nous sommes tous des civils innocents […]. Nous n’avons de lien avec aucun parti », insiste Mohamed Hijazi.
Non loin, son père, Fadl Hijazi, 66 ans, observe les bulldozers en action. Cet homme dont les bras portent les marques des blessures évoque avec tristesse ses dernières minutes avant l'attaque, lorsque, pour amuser sa famille, il faisait semblant de chasser des avions israéliens. Puis, tout à coup, est survenu « un tremblement de terre ». Il fut extrait des décombres trois heures plus tard. « J’ai perdu ma famille, j’ai perdu mes proches […] J’ai tout perdu […] Ils m’ont secouru pieds nus ; des gens m’ont apporté des vêtements », se rappelle-t-il, la voix chargée d'émotion.
Pas d’avertissement de Tsahal
Avant cette attaque, l’armée israélienne n’a pas donné d’avertissement, bien que des ordres d’évacuation aient été émis pour d'autres zones de Tyr. Beaucoups de victimes sont restées chez elles, sans possibilité de fuite, témoigne Fadl Hijazi. « Pourquoi nous ont-ils bombardés ? », s’insurge-t-il. « Ils nous ont arraché le cœur. Pourquoi ? Y a-t-il des combattants ou des roquettes ici ? », questionne-t-il en désignant la rue.
Lire aussi







