Olivier De Schutter, rapporteur spécial de l'ONU sur l'extrême pauvreté et les droits humains, est l'un de ces experts qui, bien installés dans les institutions internationales, affirment que la prospérité matérielle est une chimère. Lors d'un entretien récent avec le magazine Socialter, il déclare que « la croissance du PIB ne permet pas […] de sortir les populations de la misère ».
Cet avis, plutôt controversé, pourrait amener à oublier que des avancées significatives comme la baisse de la mortalité infantile et l'augmentation de l'espérance de vie sont historiquement liées à des périodes de croissance. De Schutter distingue une « bonne » croissance, celle des pays en développement, qui ne doit pas reposer sur l'extraction de ressources naturelles, et une croissance « suicidaire » des pays développés, qui aurait atteint un degré où les bénéfices s'écrouleraient face aux coûts environnementaux. Toutefois, cette vision néglige le fait que les pays riches se situent généralement dans de meilleures conditions pour faire face aux défis environnementaux.
Cette critique de la croissance extractiviste ne tient pas compte de la réalité des échanges économiques nécessaires à la prospérité. En France, des experts tels que Thomas Porcher affirment que la croissance est en effet porteuse de bien-être et de progrès social. Pour les populations vivant dans la pauvreté, renoncer à la croissance apparaît comme une invitation au désespoir.
Étrangement, les arguments de De Schutter et d'autres experts peuvent inciter à abandonner l'idée d'améliorer les conditions de vie des plus démunis, ce qui semble paradoxal pour une institution supposée œuvrer au progrès humain. Comme l'a souligné le politologue François Gemenne dans une interview, « renoncer à la croissance, c'est tourner le dos à des millions de personnes qui espèrent un meilleur avenir ». L'ONU doit donc trouver un équilibre entre la nécessité de croître, de se développer et de protéger l'environnement sans sacrifier le bien-être des peuples.







