Dans une étape marquante de son parcours européen, la Bulgarie a officiellement adopté l'euro, devenant ainsi le 21e pays à intégrer la monnaie unique européenne. Cette transition intervient près de vingt ans après son adhésion à l'Union européenne en 2007.
À minuit, le petit pays des Balkans a fait le deuil de sa monnaie nationale, le leva, qui avait cours depuis la fin du XIXe siècle. Ce changement vise à renforcer les liens économiques avec les autres membres de la zone euro. Cependant, il suscite aussi des inquiétudes, notamment en raison de la flambée récente des prix sur fond de tensions politiques.
Des milliers de Bulgares ont bravé le froid pour célébrer cet événement au concert du Nouvel An devant l'ancien Palais-Royal à Sofia, tandis qu'un compte à rebours affiché sur la Banque nationale bulgare marquait les dernières minutes avant le passage à l'euro. Après le début de la nouvelle année, des pièces de monnaie en euros ont été projetées sur le bâtiment, symbolisant une nouvelle ère pour le pays.
Le président Roumen Radev a souligné que « l'introduction de l'euro représente la dernière étape de l'intégration de la Bulgarie dans l'UE », tout en regrettant l'absence d'un référendum sur la question, un sujet qui a divisé les Bulgares. Ce sentiment de division a été accentué par des manifestations récentes contre la corruption, lesquelles ont conduit au renversement du gouvernement de coalition.
Dans les rues de Sofia, des commerçants affichent déjà des prix en leva et en euros, témoignant de la transition en cours. Un retraité témoignait : « Toute l'Europe s'est débrouillée avec l'euro, nous aussi on s'en sortira. » En revanche, d'autres, comme Lucy, une marchande de légumes, expriment leur inquiétude quant à une possible augmentation des prix : « Aujourd'hui, cela coûte 4 leva, et cela pourrait devenir 4 euros, alors que les salaires ne bougeront pas. »
Les craintes d'une inflation galopante sont partagées par de nombreux Bulgares, alors même que les denrées alimentaires ont déjà connu une hausse de 5% en un an. Les dirigeants bulgares rassurent la population, promettant que l'intégration à la zone euro stimulera l'économie du pays, l'un des plus pauvres de l'UE. Dimitar Radev, gouverneur de la Banque centrale, a déclaré : « L'euro n'est pas qu'une simple monnaie ; c'est un signe d'appartenance à un espace de confiance partagé. »
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a également affirmé que l'adoption de l'euro devait apporter des bénéfices tangibles aux Bulgares, tant pour les déplacements que pour les échanges commerciaux.
À l'approche de la transition, de nombreux Bulgares ont rencontré des difficultés pour se procurer les nouvelles pièces et billets, avec des banques conseillant de se préparer en liquide en raison des possibles interruptions des paiements par carte. Pendant le mois de janvier, les paiements en leva continueront d'être acceptés, ce qui posera un défi logistique pour les commerçants.
Avant la Bulgarie, la Croatie avait également fait le saut vers l'euro en janvier 2023. Désormais, plus de 357 millions d'Européens utilisent cette monnaie unique, consolidant ainsi l'identité économique et politique de l'Europe.







