Ce rebondissement fait craindre pour la prise en charge du phénomène grandissant du burn-out au sein des entreprises. En effet, le rapport, élaboré par une mission d'information sur la bien-être psychologique au travail, n'a pas pu voir le jour en raison d'un désaccord croissant au sein du Sénat.
"La droite sénatoriale s'est enfermée dans une idéologie en rejetant en bloc un rapport pourtant équilibré, au motif qu'il fragiliserait les entreprises. Je le déplore", a souligné Annick Girardin, représentant le Rassemblement démocratique et social européen (RDSE), lors d'un entretien avec l'AFP.
Girardin, ancienne ministre et membre du Parti radical, a été désignée pour diriger cette mission, dont le but était de faire des recommandations concrètes sur le sujet de la souffrance au travail, un phénomène en forte hausse souvent lié au burn-out.
En dépit des mois de travaux, le rapport a été recalé par une coalition de la droite et des centristes, qui détiennent la majorité au Sénat. Cette décision empêche la publication d'un document souvent rare dans cette enceinte législative.
Dans un communiqué, le RDSE a condamné cette situation, appelant à la "mise en avant" d'un rapport crucial pour la santé publique.
Des recommandations inadaptées ?
D'après le projet de rapport, plusieurs suggestions notables devaient être mises en avant, telles que la création d'une conférence d'experts pour élaborer une définition harmonisée de l'épuisement professionnel ou l'intégration de l'écoute des travailleurs dans les principes de prévention du code du travail.
Alors qu'un débat intense a eu lieu au Sénat sur l'opportunité d'inclure la souffrance psychique dans la catégorie des maladies professionnelles, la sénatrice Les Républicains Pascale Gruny a affirmé à l'AFP : "Nous avons besoin d'une définition juridique solide et de critères clairs. Les travailleurs souffrant d'épuisement professionnel sont déjà pris en compte par la législation actuelle", justifiant ainsi la position de son groupe.
"Les préconisations semblent très orientées vers la protection des travailleurs, sans prendre en compte les besoins des employeurs. C'est un déséquilibre", a-t-elle ajouté.
Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a également exprimé des réserves concernant l'ajout de la souffrance psychique aux maladies professionnelles, indiquant un manque de consensus parmi les organisations patronales.
Un plan d'action réclamé contre l'absentéisme
Ce rapport aurait pu éclairer les discussions budgétaires à venir, alors que le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a promis une lutte acharnée contre les arrêts maladie. En avril dernier, le gouvernement a présenté des mesures pour mieux gérer l'absentéisme au travail, intégrant des outils pour améliorer la santé mentale des employés.
Il est à noter que les indemnités journalières versées par l'Assurance maladie ont atteint des sommets, avec 12,1 milliards d'euros en 2025 uniquement pour les arrêts de travail. Les coûts engendrés par les absences de longue durée se chiffrent à environ 9 milliards d'euros par an, soulignant la nécessité d'une action systémique.
Le débat sur la santé mentale au travail est plus que jamais d'actualité. La réaction du Sénat face au rapport sur la souffrance psychique interroge sur l'engagement réel des politiques envers le bien-être des travailleurs.







