Alors que l'intelligence artificielle (IA) s'intensifie, Tim Berners-Lee, inventeur emblématique du Web, insiste sur la nécessité de "préserver les valeurs" fondamentales d'internet. Dans une récente interview avec l'AFP, il a partagé son souhait de permettre aux utilisateurs de filtrer les informations personnelles partagées avec les entreprises technologiques.
"La personne, l'individu, doit être au cœur de ces valeurs. Il est essentiel que les utilisateurs prennent en main leur technologie pour s'assurer que leurs données restent sous leur contrôle," a déclaré Berners-Lee lors du festival tech SXSW à Londres.
Vers un encadrement nécessaire de l'IA
Berners-Lee, qui a conçu le premier système de partage d'information au CERN en 1989, appelle à un encadrement des technologies d'IA. Il souligne que, bien qu'il existe des normes pour le web, comme celles définies par le W3C, aucun équivalent ne protège actuellement les modèles d'IA, souvent alimentés par d'énormes quantités de données.
Le droit de garder ses données
Avec la création de son premier navigateur en 1990, Tim Berners-Lee a révolutionné l'accès à l'information sur internet. En ne protégeant pas son invention par un brevet, il a favorisé son accès universel. Aujourd'hui, face aux crises de confidentialité générées par l'analyse des données par l'IA, il met en avant ses efforts à travers la startup Inrupt, cofondée en 2018, pour garantir que les utilisateurs gardent le contrôle de leurs informations personnelles.
En collaboration avec le MIT, le projet "Solid" de Berners-Lee vise à permettre aux internautes de gérer leurs données via des "PODS" – des espaces de stockage personnalisés. Les utilisateurs pourraient choisir de partager leurs données uniquement avec des applications autorisées, offrant ainsi un réseau décentralisé et transparent.
"Sans accès aux données, les modèles d'IA ne peuvent pas fonctionner," met en garde John Bruce, cofondateur de Inrupt. "Nous devons agir maintenant, car sans précautions, nous risquons de perdre notre autonomie numérique," a-t-il ajouté.
Des règlementations inadaptées
Les puissants modèles linguistiques comme ChatGPT ou Google Dialogue se nourrissent de données personnelles, mais leur méthode pour anonymiser ces informations reste floue. Selon Berners-Lee, ces systèmes ajustent subtilement les données pour éviter l'identification directe, mais une telle opacité présente des risques.
Bien que l’AI Act et le RGPD imposent des obligations aux sociétés utilisant des données en ligne, la CNIL souligne que dans les faits, obtenir le consentement des utilisateurs s'avère souvent problématique. D'où l'importance d'un cadre technique strict pour retrouver le contrôle sur nos vies numériques.







