L'opérateur de Starbucks en Corée du Sud se retrouve dans la tourmente après avoir lancé une publicité jugée profondément insensible, évoquant le tragique soulèvement prodémocratique de 1980. Cette campagne, qui faisait la promotion de gobelets réutilisables, a provoqué des réactions massives de rejet, entraînant une chute significative des ventes et des ruptures de partenariats avec plusieurs entités.
Le groupe Shinsegae, responsable de l'exploitation de la marque sous licence, a reconnu que le message avait été conçu après consultation d'une intelligence artificielle. « Nous n'avons pas mesuré l'impact de notre campagne avant qu'il ne soit trop tard », a indiqué Jeon Sang-jin, cadre chez Shinsegae. Le terme « Tank Day », ayant fait surface dans la campagne, rappelle les chars militaires qui ont écrasé les manifestations pacifiques à Gwangju, où des centaines de vies ont été perdues.
Des allégations de négligence ont émergé, certains responsables ayant validé la campagne sans prêter attention aux détails. Un porte-parole a souligné que l'incident met en lumière un manque de sensibilité historique au sein de l'équipe de marketing. La controverse se renforce avec une phrase de la publicité suggérant de poser le gobelet « avec un bruit de Tak ! ». Cette expression évoque une tragédie douloureuse de l'histoire sud-coréenne, augmentant encore l'indignation populaire.
Le président sud-coréen Lee Jae-Myung a exprimé sa colère face à une campagne qui, selon lui, « tourne en dérision » les luttes pour la démocratie. Des ministères, syndicats et personnalités publiques ont rejoint le mouvement de boycott des produits Starbucks. L'agence Yonhap a rapporté que le ministère de la Défense a suspendu un projet de partenariat avec la marque, tandis que des vidéos montrant des clients brisant leurs mugs circulaient sur les réseaux sociaux.
Les manifestations de 1980 marquent une période charnière dans l'histoire sud-coréenne, symbolisant la lutte contre un régime militariste. Le bilan officiel fait état de 165 civils tués, mais les chiffres pourraient être bien plus élevés. Ce chapitre sombre de l’histoire est évoqué dans le roman de la lauréate du prix Nobel, Han Kang, soulignant l'importance d’aborder ces sujets avec tact et respect.
Suite à ce scandale, Son Jung-hyun, directeur de l'unité Starbucks Corée, a été limogé en urgence. Chung Yong-jin, président de Shinsegae, a présenté des excuses publiques, reconnaissant la douleur et la colère ressenties par la population. Dans un climat déjà tendu, la police a lancé une enquête sur des « fausses informations » circulant sur les réseaux sociaux concernant le soulèvement, attirant encore plus l'attention sur ce chapitre tragique de l'histoire.
Les répercussions n'affectent pas seulement l'image de Starbucks, mais touchent également le secteur du divertissement. L'acteur Jung Min-chan a quitté la comédie musicale « Diaghilev » après avoir partagé une photo de lui dans un Starbucks, illustrant les méandres d'une controverse qui s'étend au-delà du marketing. Parallèlement, des critiques ont émergé concernant l'implication politique des appels au boycott, certains les voyant comme des manœuvres de la part du président Lee dans le cadre des élections locales prochainement prévues.







