Dans l'univers viticole actuel, le vin nature soulève de vives passions. Au sein des dîners de fêtes, les partisans des «pet'nat» (pétillants naturels) s'opposent à la traditionnelle garde des crus élaborés comme les champagnes «zéro dosage». Les discussions autour des bouteilles peuvent mener à de véritable joutes verbales, où chacun défend ses préférences comme un dogme inébranlable.
La quête de la bonne bouteille
En première ligne de cette quête, Pierre Guigui s’illustre comme une figure de proue. Fondateur du Concours international des vins biologiques et auteur prolifique, il est passionné par les vins authentiques. Pourtant, il avertit : « Il y a trop de flou sur le marché. À peine 400 cuvées sont réellement certifiées Vin méthode nature, garantissant un faible taux de soufre. De nombreux producteurs revendiquent pourtant cette étiquette sans véritables justifications. »
Les adeptes se laissent facilement séduire par des vins qui semblent prometteurs, mais qui, en réalité, cachent parfois une vérité peu ragoûtante. Le prix dans ces cas peut également être élevé, donnant l'illusion d'une sophistication que la bouteille ne mérite pas toujours. Guigui met en avant le défi de produire un bon vin naturel, implorant à la prudence avant de se lancer dans une nouvelle aventure viticole.
Le fantasme du vin naturel
Pour le sociologue Abdu Gnaba, le vin nature représente plus qu’un simple choix de consommation. C'est un symbole d'une quête d'authenticité dans un monde où la nature est romantisée. « Dans notre société consumériste, une nouvelle religion de la Nature s'est construite, où l'on recherche un idéal de vie simple et harmonieuse, que l’on projette sur ces bouteilles. » Les consommateurs ne cherchent pas seulement un breuvage, ils achètent une illusion de retour à des valeurs plus pures.
La défense du vin naturel
Pour contrecarrer les critiques, l'avocat Éric Morain, dans son ouvrage Plaidoyer pour le vin naturel, défend cette approche en soulignant que chaque vin, même imparfait, raconte une histoire unique. « Le vin naturel n'est pas pour les âmes sensibles, mais chaque gorgée est un combat contre une monotonie bourgeoise. » Une dégustation à l'aveugle pourrait bien permettre de réconcilier les amateurs, ouvrant peut-être la voie à un sens plus large de ce qu'est réellement le bon vin.







