CHRONIQUE. Au cœur des tensions géopolitiques du Moyen-Orient, se dessinent des enjeux théologiques qui divisent les principales confessions chrétiennes occidentales. Guillaume Bernard, historien des idées politiques, met en lumière l'impact de l'interprétation des promesses divines faites aux Hébreux dans l'Ancien Testament sur la perception moderne de l'État d'Israël et la position du peuple juif dans l'histoire du salut.
La création de l'État d'Israël en 1948 a constitué un défi théologique majeur pour l'ensemble des confessions chrétiennes. Comment comprendre, à la lumière des Écritures, la renaissance d'une entité juive après près de deux millénaires de diaspora ? Les récents conflits, dont l'escalade entre le Hamas et Israël depuis le 7 octobre 2023, ravivent ces débats théologiques au sein des communautés chrétiennes.
Analyser les positions des chrétiens « occidentaux » (en excluant l'orthodoxie et la théologie de la libération) sur le sionisme et l'État juif révèle une palette d'opinions dont la complexité défie toute tentative de simplification. Une des clés pour saisir cette diversité repose sur l'exégèse des textes bibliques. Selon les herméneutiques adoptées, les mêmes passages peuvent fonder des perspectives diamétralement opposées.
La théologie traditionnelle de la substitution
Depuis près de deux millénaires, la théologie catholique a soutenu la théorie de la substitution. Alors que de nombreux juifs n'ont pas reconnu Jésus comme le Messie – « tous ceux qui descendent d'Israël ne sont pas Israël » (Romains, IX, 6-8) –, l'alliance initiale entre Dieu et le peuple hébreu est considérée comme transférée à l'Église chrétienne, qui est désormais perçue comme le nouveau peuple élu, héritière des promesses divines. Cette ancienne alliance est jugée comme abrogée, et les païens convertis n'ont pas besoin de passer par l'hébraïsme pour s'affirmer comme chrétiens (Actes, XV, 8-10 et 28-29 ; Galates, II, 16 et V, 2 et 6 ; Romains, III, 28-29 ; Éphésiens, II, 14-15).
Des experts comme André Gagné, professeur en théologie à l'Université du Québec, soulignent l'importance de ces discussions. Selon Gagné, « l'interprétation des Écritures est cruciale pour comprendre les interactions contemporaines entre chrétienté et judaïsme ». Ces débats nourrissent non seulement la réflexion théologique, mais ont aussi des implications sociales et politiques au sein des sociétés contemporaines. La reconnaissance du rôle d'Israël dans le récit chrétien, ou son absence, influence les rapports entre communautés religieuses dans un monde en mutation.







