Architecte et urbaniste originaire de Montpellier, Clément Gaillard souligne l'importance de renouer avec le passé pour mieux accueillir les défis posés par le changement climatique. À l'heure où les vagues de chaleur se multiplient, il questionne notre aptitude à habiter un monde devenu de plus en plus chaud.
« Non, nous ne sommes pas prêts », confirme-t-il. Le changement climatique est là, tout comme la disparition progressive des intersaisons et l'insuffisance d'adaptation de nos logements aux nouvelles réalités climatiques. Bien que la vague de chaleur de 2003 ait déclenché une conscience collective sur les risques liés à la canicule, le secteur du bâtiment, réputé pour son inertie, peine à évoluer. Les nouvelles constructions, bien qu'a priori mieux conçues, révèlent encore des incohérences en matière de climatisation.
Quelles incohérences ?
Selon Gaillard, l'architecture moderne privilégie le vitrage et la luminosité, ce qui pourrait sembler positif, mais représente en réalité un point faible lors des épisodes de chaleur. Les bâtiments disposent d'une isolation performante, mais se trouvent souvent exposés à une surchauffe extérieure en raison de grandes surfaces vitrées et de l'absence de volets, une décision dictée par des choix esthétiques et économiques. Des appartements mono-exposés, qui ne permettent pas de circulation d'air, sont trop fréquents.
Présentation de Clément Gaillard
Clément Gaillard, urbaniste et designer engagé dans la lutte contre les îlots de chaleur, a fondé le bureau d’études Freio à Montpellier. Docteur en urbanisme, il s'intéresse à l'architecture bioclimatique et a publié en 2026 "Habiter un climat, s’inspirer du passé pour s’adapter", offrant des insights pour ajuster nos modes de vie face aux bouleversements environnementaux.
Et la climatisation alors ?
Gaillard n'est pas contre la climatisation, mais il préconise de réduire notre dépendance. « Plus nos logements sont conçus pour se protéger de la chaleur, moins la climatisation sera indispensable », précise-t-il. Il fait également remarquer que la climatisation pose des défis d'équité sociale, car les plus privilégiés ont accès au confort tandis que d'autres continuent de souffrir de la chaleur. Cette question revêt une importance à l'échelle sociétale.
Que faire en attendant ?
Pour ceux qui vivent dans des logements qui retiennent la chaleur, Gaillard suggère certaines solutions simples : utiliser des volets, installer des ventilateurs, ou même appliquer un mélange de blanc de Meudon sur les vitres pour en atténuer la chaleur, une méthode peu connue mais efficace.
Redécouvrir notre rapport au climat
Nous avons, selon lui, perdu notre connexion avec le climat au fil des décennies. Au XXe siècle, la météo influençait profondément nos vies. Aujourd'hui, elle est souvent perçue comme un simple facteur de loisirs. En surmontant nos défis climatiques par des moyens techniques, nous avons développé une sorte d’amnésie au sujet de notre environnement naturel. Cette déconnexion devient problématique lorsque nos systèmes modernes montrent des signes de dysfonctionnement.
Des leçons du passé
Dans son livre, Gaillard invite à puiser des leçons dans le passé, en observant comment les anciennes architectures et aménagements urbains, comme les voilages des vitrines à Montpellier, ont été conçus pour atténuer la chaleur. Des stratégies anciennes comme les ruelles ombragées sont aujourd'hui pertinentes pour bâtir des villes résilientes.
Les villes du futur
Les villes de demain, déjà largement construites, nécessitent des ajustements et un réenchantement. À Montpellier, des initiatives innovantes, telles que la création de petites places ombragées, émergent pour combattre les îlots de chaleur. Les espaces publics doivent être adaptés pour favoriser la convivialité tout en assurant un soulagement lors des chaudes journées d'été.
En conclusion, Gaillard plaide pour une reconfiguration de notre approche urbanistique, où l'adaptation au climat, l'interaction sociale et le respect des environnements naturels deviennent des priorités. Une vision ambitieuse, mais essentielle pour appréhender les défis à venir.







