Dix ans après son inauguration, le musée-mémorial du camp de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) se réinvente en proposant une exposition permanente novatrice, destinée à devenir un "rempart" contre les tensions mémorielles. Ce site historique, qui a accueilli des réfugiés espagnols, juifs, tsiganes et harkis au cours du XXe siècle, lance un appel à la mémoire collective.
Alice Rufo, ministre déléguée aux Anciens combattants, inaugure ce vendredi le nouveau parcours muséal, soulignant que l'État a souvent "enfermé, décennie après décennie, ceux qu'il jugeait indésirables". La directrice du mémorial, Céline Sala Pons, a souligné cette réalité dans sa présentation.
Le camp, ouvert en 1939 et situé sur une plaine aride près de Perpignan, a d'abord servi d'abri aux républicains espagnols en exil. Au fil des décennies, il a également accueillit des populations juives et tsiganes, victimes des politiques raciales du régime de Vichy, ainsi que des prisonniers allemands et des harkis, ces auxiliaires algériens de l'armée française, après 1962.
Cette exposition rénovée, résultat d'un investissement de 2,6 millions d'euros de la région Occitanie, cherche à rendre hommage à la mémoire de plus de 60.000 internés, explique Carole Delga, présidente (PS) de la région, qui précise que le mémorial se veut "gardien des mémoires éprouvées".
- "Un témoignage essentiel" -
Carole Delga rappelle que nous vivons une période où "la vérité historique est souvent contestée". Elle a exprimé sa préoccupation face à l'instrumentalisation des récits historiques, avertissant que cela risque de "diviser" davantage la société. Ce musée est vu comme un valble rempart contre ces dérives.
La présidente avait récemment dénoncé les déclarations "haineuses" du député du Rassemblement national, Laurent Jacobelli, qui a qualifié le musée de "temple du wokisme", tenant des propos jugés indignes envers sa mission mémorielle. Même Louis Aliot, le maire RN de Perpignan, a critiqué une politique mémorielle qu'il considère comme "à sens unique", au détriment de la France et de ceux qui l’ont servie.
Aliot a insisté sur le besoin de reconnaissance pour harkis et pieds-noirs, rappelant qu'ils ne doivent pas être oubliés dans le discours historique. Il a invité la ministre à se recueillir devant le mur des disparus à Perpignan, en hommage aux victimes civiles de la guerre d'Algérie.
Pour sa part, Alice Rufo débutera sa visite par un moment de recueillement au monument des militaires disparus en Algérie à Port-Vendres, sans répondre à l'invitation d'Aliot. Ce geste souligne les défis contemporains liés à la mémoire et à l'héritage de notre histoire.







