En pleine discussion sur les adaptations nécessaires face aux canicules, le Sénat a voté ce mercredi des mesures favorisant le stockage de l'eau agricole, provoquant l’irritation de Monique Barbut, ministre de la Transition écologique. Ce vote, qui s'inscrit dans le projet de loi d’urgence agricole, a suscité des débats animés entre les sénateurs.
Les tensions se sont intensifiées autour des propositions de Laurent Duplomb, sénateur agriculteur (Les Républicains), qui défendait une levée des contraintes pesant sur la profession. Il a soutenu que les règles actuelles rendent presque impossible la création de retenues d’eau nécessaires. Selon lui, la FNSEA, premier syndicat agricole, soutient cette approche nécessaire face aux défis climatiques croissants.
"Les contraintes sont telles qu'il devient pratiquement impossible de réaliser des retenues d'eau", a souligné Laurent Duplomb.
En contraste, Monique Barbut a mis en garde contre des choix qui pourraient déséquilibrer le texte en pleine période de sécheresse. "Ces modifications risquent de nuire à l'équilibre recherché au moment même où la gestion de l'eau devient cruciale", a-t-elle déclaré.
Des mesures de stockage controversées
Des points de débat ont particulièrement cristallisé les oppositions, notamment un article visant à faciliter la construction de réservoirs d'eau, amendé par les sénateurs. La nouvelle législation permettrait également aux préfets de contourner les décisions judiciaires concernant les autorisations de prélèvement d'eau. Plus encore, une disposition exige que la gestion de l'eau soit orientée vers un objectif de "non-régression agricole", visant à doubler le volume de stockage pour l'agriculture d'ici 2035.
"Cette ambition serait irréaliste", a commenté Barbut.
Face à ces déclarations, Duplomb a répliqué qu'une telle réglementation ferait peser un risque existentiel sur les agriculteurs, les poussant à abandonner leurs activités sans des améliorations pratiques sur le stockage de l'eau.
Une gouvernance contestée derrière la gestion des agences de l'eau
Un autre sujet de friction a été la décision de placer les agences de l’eau sous la tutelle conjointe des ministères de l’Agriculture et de l’Économie, en plus de celui de la Transition écologique. Les sénateurs ont également renforcé la représentation des agriculteurs dans ces instances, une décision saluée par certains mais qui a provoqué la colère de la ministre.
"Cette approche doit être correctement assumée", a-t-elle averti, tout en étant confrontée à des critiques de ses collègues.
La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, a voilé son soutien à la position sénatoriale, invitant à une approche bienveillante à l'égard du monde agricole. "On ne peut pas accuser nos agriculteurs d'accaparement de l’eau sans fondement", a-t-elle déclaré.
Les débats sur ces questions seront plus que jamais d’actualité dans les prochains jours, alors que le Sénat devrait finaliser la loi d’ici la fin de la semaine, dans un environnement de tensions croissantes concernant la gestion des ressources en eau.







