Après un parcours judiciaire éprouvant de plus de deux ans, le tribunal parisien a décidé d'ouvrir une enquête contre Fabrice Leggeri, l'ancien directeur de Frontex, l'agence européenne de garde-frontières. Les organisations Ligue des droits de l'Homme (LDH) et Utopia56 lui reprochent d'avoir facilité des actes qualifiés de complicité de crimes contre l'humanité et de torture lors de ses fonctions passées.
Cette enquête a été ordonnée après une longue bataille juridique, comme l'a rapporté l'Agence France Presse (AFP) récemment. Elle découle d'une plainte déposée en 2024, où Leggeri est accusé d'avoir orchestré une « chasse aux migrants » en facilitant des interceptions menées par les autorités libyennes et grecques. Ces actions, qui seraient à l'origine de nombreuses souffrances et morts en mer Méditerranée, suscitent l'indignation des organisations de défense des droits humains
Initialement jugée irrecevable par le Parquet national antiterroriste, la plainte a finalement été acceptée par une chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris. Un juge d’instruction est désormais chargé de clarifier les responsabilités pénales potentiellement engagées par Leggeri dans le cadre des tragédies maritimes qui ont coûté la vie à des milliers de migrants.
Deux ans de procédures judiciaires
Le dépôt de plainte par la LDH et Utopia56 contre Leggeri a marqué le début d'une déferlante judiciaire. Les deux associations incriminent l’ancien responsable de Frontex pour avoir « encouragé » ses équipes à participer à des opérations de refoulement inhumaines. Après que le Parquet a jugé cette plainte comme incompétente, la cour d'appel a tranché en sa faveur, déclarant que des enquêteurs devaient examiner ces accusations de manière approfondie.
Fabrice Leggeri est maintenant devant le défi d'expliquer les circonstances qui lieraient ses actions aux tragédies survenues en Méditerranée. En effet, selon les rapports de l'Organisation internationale des migrations (OIM), plus de 34 000 migrants sont morts ou portés disparus dans cette région depuis 2014, en grande partie à cause de politiques migratoires restrictives.
34 000 migrants morts ou disparus en Méditerranée depuis 2014
Lors de sa récente déclaration, Emmanuel Daoud, avocat à la LDH, a souligné que pour la première fois, « des juges d’instruction français vont examiner les conditions de la responsabilité pénale éventuelle de Fabrice Leggeri dans l’hécatombe qui a abouti à des milliers de morts en Méditerranée, enfants et femmes notamment ». La configuration des opérations de Frontex a habituellement été dénoncée comme coordonnée par des acteurs pris dans un tourbillon de coûts élevés souvent à la charge des États européens.
Les ONG insistent sur le fait que la surveillance maritime de Frontex a été progressivement remplacée par une surveillance aérienne, ce qui a conduit aux interceptions par les autorités libyennes, tandis que de nombreuses vies ont été perdues. Les accusations portées contre Leggeri pourraient marquer un tournant décisif, non seulement pour le responsable lui-même, mais aussi pour l'avenir des politiques migratoires européennes.







