Des téléphones d’antan aux applications de messagerie modernes, les échanges entre dirigeants ont considérablement changé. Un SMS récemment révélé par Donald Trump, envoyé par Emmanuel Macron, illustre ces méthodes diplomatiques récentes, qui sont de plus en plus directes mais comportent aussi des risques accrus.
Dans ce message, Macron évoque avec Trump les tensions autour du Groenland, en lui disant : "Mon ami, nous sommes totalement alignés sur la Syrie. Nous pouvons faire de grandes choses en Iran. Je ne comprends pas ce que tu fais au Groenland". Ce message, authentifié par l’entourage de Macron et publié le 20 janvier, montre l’importance de ces échanges. Le président français l’invite également à dîner à Paris avant son retour aux États-Unis. Bien que ce message ait semblé simple, il a été envoyé via une messagerie cryptée sécurisée, garantissant que seuls l’expéditeur et le destinataire ont accès au contenu.
Bien que l'application utilisée n'ait pas été confirmée, de nombreux analystes pensent qu’ils ont utilisé Signal. Les autorités françaises recommandent d'utiliser des solutions nationales comme Olvid ou Tchap, jugées plus sécurisées que les applications grand public.
Une pratique courante mais pas sans danger
Le recours à la messagerie instantanée est désormais une norme déroutante parmi de nombreux chefs d'État. "La plupart d'entre eux utilisent le SMS; leur téléphone les accompagne partout", explique Jean-Paul Pancracio, professeur et auteur du Dictionnaire de la Diplomatie à RTL.fr.
Macron, depuis le début de son mandat, garde toujours deux téléphones à proximité, chacun dédié à des usages différents. Ces dispositifs, bien que sécurisés, sont étroitement surveillés après l'incident de Pegasus, un logiciel espion qui a montré la vulnérabilité potentielle même des communications protégées.
Cependant, comme le souligne Pancracio, "malgré leurs sécurités, envoyer des messages dans un cadre diplomatique comporte des risques". Le problème majeur reste la conservation de ces échanges : "L’histoire de ces échanges mérite d’être archivée pour que l’on puisse prouver ce qui a été convenu".
C'est un problème qui n'est pas anodin car il est crucial d'archiver l'Histoire et les négociations
Jean-Paul Pancracio, professeur et auteur du Dictionnaire de la Diplomatie (Levad Editions).
Le risque est également augmenté par le comportement des récepteurs. Trump, par exemple, ne respecte pas toujours le caractère confidentiel des communications, et Pancracio estime que cette approche imprudente de Macron pourrait être problématique, à l'instar de Nicolas Sarkozy, qui avait aussi l'habitude de communiquer par téléphone sans précautions suffisantes.
Des échanges quasi-quotidiens
D’après RTL.fr, les échanges entre Macron et Trump sont fréquents, se produisant environ deux fois par semaine. Pancracio note même que ces deux leaders ont récemment discuté presque quotidiennement. Une anecdote célèbre illustre leur naturel charme : en septembre 2025, Macron, coincé dans les rues de New York à cause d’un convoi présidentiel, a appelé Trump pour dire : "Comment ça va ? J'ai un petit souci à cause de vous !" avant de continuer sa promenade, son appareil à l'oreille.
Le téléphone rouge, symbole de la Guerre froide
Les échanges modernes contrastent avec le légendaire téléphone rouge établi entre Moscou et Washington en pleine Guerre froide, instauré en 1963 pour éviter les escalades de tension. À l’époque, les messages mettaient plus de six heures à être délivrés, ce qui aurait pu entraîner des conséquences catastrophiques. Ce dispositif de communication a amené plus de réactivité entre les deux superpuissances.
Au fil des ans, le télé-communication s'est naturellement amélioré avec l'avènement des satellites et de la fibre optique, permettant des échanges via des lignes sécurisées. Désormais, des conseillers et traducteurs accompagnent ces discussions, prenant des notes en temps réel. Plus la discussion est délicate, plus le cercle autour de cet échange se doit d’être restreint, avec un niveau de classification élevé pour les comptes rendus.
Le célèbre téléphone rouge a même été utilisé en mars 2025 lors d'une conversation entre Trump et Poutine pour discuter d'une trêve en Ukraine, prouvant ainsi que les leçons du passé restent d'une grande actualité.







