La prochaine élection américaine prévue pour novembre 2024 est l'annonce d'une rupture significative dans le paysage géopolitique mondial. Bien plus qu'un simple changement de pouvoir à Washington, cet événement préfigure la fin d'un ordre international né après la guerre froide. Pendant près de trois décennies, la vision d'un monde post-national, régi par le libre-échange, le droit international et des institutions supranationales semblait faire consensus. Cependant, il apparaît désormais que cette parenthèse est sur le point de se refermer.
Ce changement a été amorcé depuis plusieurs années. La Chine s'est désormais installée comme l'axe central de l'Asie, tandis que la Russie a intensifié ses ambitions en Europe de l'Est. Le Moyen-Orient se restructure autour des alliances entre l'Arabie saoudite et la Syrie face à l'influence iranienne, et l'Inde et le Pakistan continuent de faire face en Asie centrale. Ce retour à une logique géopolitique ancrée dans la notion d'intérêts vitaux et de zones d'influence démontre que le monde que l'on pensait dépassé ne faisait qu'hiberner.
La fin du modèle bruxellois
Le mondialisme des années 1990-2010, initialement conçu comme une approche novatrice, est maintenant perçu comme une idéologie fragile. En créant des dépendances industrielles et en aggravant les fractures sociales, ce modèle a affaibli les démocraties face aux régimes autoritaires. Les États reviennent à leur rôle primordial : protéger leurs citoyens et défendre leurs intérêts stratégiques. La doctrine Monroe, évoquée par plusieurs experts, retrouve une pertinence inattendue, alors que l'Union européenne, qui visait à transcender les souverainetés nationales, semble en décalage avec les besoins contemporains. L'avenir du continent pourrait reposer sur une fédération d'États-nations qui coopèrent avec pragmatisme plutôt que sur un cadre juridique imposé.
« Le retour du monde des puissances impose de retrouver la maîtrise des frontières, l'indépendance de la justice, la souveraineté agricole »
Le déclin du modèle bruxellois est déjà visible. D'une part, de nombreux pays, de la Suède à la Hongrie en passant par l'Autriche et l'Allemagne, remettent en question l'interprétation des articles de la Convention européenne. Au-delà de ces débats, c’est le concept même d'une tutelle juridique supranationale qui est contesté. L'Europe institutionnelle fait face au défi de gouverner durablement sans tenir compte des aspirations nationales.
Le retour des nations
La rupture la plus significative concerne l'Otan. La récente administration américaine considère l'Alliance comme un facteur de contention dans le conflit ukrainien, ce qui rend son soutien à ce partenariat de plus en plus coûteux. La stratégie américaine pourrait prendre trois directions : mettre un terme au conflit pour faciliter un rapprochement avec Moscou, sécuriser les ressources stratégiques de l'Ukraine, et pousser les Européens à prendre en main le financement de leur défense. Que ce soit par un effritement progressif ou un retrait américain, le parapluie atlantique semble sur le point de se refermer.
Les répercussions sur l'Europe seront majeures. À brève échéance, la prolongation des hostilités en Ukraine risque d'entraîner un nombre croissant de pertes humaines et d'aggraver la crise énergétique et l'affaiblissement industriel du continent. À moyen terme, l'UE pourrait se fragmenter, chaque pays retrouvant sa liberté d'action. L'Allemagne, par exemple, envisage un réarmement significatif et un virage vers une politique commerciale plus autonome, alors que plusieurs nations réalisent la nécessité d'un dialogue renouvelé avec la Russie, un partenaire indispensable sur le plan géographique et économique.
Pour la France, ce contexte offre l'opportunité de faire face à la réalité. Le retour à un monde de puissances impose la nécessité de rétablir la maîtrise de ses frontières, l'indépendance de son système judiciaire, ainsi que l'autonomie énergétique. Cela implique également une réindustrialisation et un véritable respect des libertés budgétaires. Les illusions font place à la responsabilité. L'ordre international qui se dessine sera sans doute plus complexe, mais au moins il sera clair : les pays devront prendre en main leur propre destin, loin des constructions juridiques qui ont prouvé leur inefficacité.







