Dans une tournure des événements marquante en Tunisie, des travailleurs humanitaires de l'ONG française Terre d’asile, accusés de « faciliter l’entrée illégale et le séjour » de migrants, ont été libérés dans la nuit de lundi à mardi, mettant fin à une détention de plus de vingt mois. Cette libération a été annoncée par le comité de soutien de l'une des prévenues, Sherifa Riahi, ancienne directrice de l'ONG.
Les autorités judiciaires ont prononcé une peine de deux ans de prison avec sursis contre les accusés, qui étaient précédemment en détention provisoire. L'avocat de l'un des prévenus, Mahmoud Daoud Yaacoub, a précisé à l'Agence France-Presse (AFP) que demain, le groupe aura connaissance du reste du jugement concernant ceux qui ont été libérés.
Détails de l'affaire
La situation a également impliqué 17 membres du conseil municipal de Sousse, accusés d'avoir fourni des locaux à l'association. Avant l’audience, le comité de soutien avait déclaré que « toutes les accusations laissant supposer l’existence d’activités illégales » avaient été annulées durant l'instruction. Les prévenus risquaient jusqu’à dix ans de prison pour « entente dans le but d’héberger ou de cacher des personnes entrées clandestinement ».
Dans le contexte actuel, où les droits humains sont souvent mis à l'épreuve, la rapporteuse des Nations Unies sur la situation des défenseurs des droits humains, Mary Lawlor, avait appelé à la libération de Mme Riahi, qualifiant les charges portées contre elle de « fallacieuses ».
Un problème plus large de migration
La Tunisie, considérée comme un passage crucial pour de nombreux migrants d'Afrique subsaharienne souhaitant rejoindre l'Europe, a considérablement renforcé son contrôle migratoire ces dernières années. Ce changement de politique a été particulièrement accentué après les déclarations du président Kaïs Saïed, qui a dénoncé l'arrivée « de hordes de migrants subsahariens » menaçant la démographie du pays. Ces déclarations ont conduit à des rapatriements massifs et une montée des tensions, entraînant des violations des droits humains, selon plusieurs ONG.
Les organisations humanitaires insistent sur le fait que les actions menées par Terre d’asile étaient conformes aux programmes agréés par l'État tunisien. Dans un climat de répression croissante envers les migrants et ceux qui leur apportent assistance, la libération de ces travailleurs humanitaires ouvre peut-être un débat nécessaire sur la protection des droits humains en Tunisie.







