Au Pérou, une avancée sans précédent vient d’être réalisée : les abeilles sans dard, essentielles au bon fonctionnement des écosystèmes, sont reconnues comme des sujets de droit. Cette initiative, prise par les municipalités de Satipo et Nauta en octobre et décembre 2025, respecte le droit des abeilles de vivre, de prospérer et d’être défendues légalement face aux menaces.
Ces abeilles, cultivées depuis des millénaires par les peuples autochtones, sont parmi les plus anciennes espèces de pollinisateurs de notre planète. Elles sont responsables de la pollinisation de plus de 80 % de la flore Amazonienne, ce qui en fait des alliées indispensables pour la biodiversité et la santé des écosystèmes. Comme l’indique Constanza Prieto, directrice d'Earth Law Center, « cette ordonnance symbolise un tournant dans la façon dont nous interagissons avec la nature, mettant en lumière l’importance cruciale des abeilles dans la préservation des écosystèmes ».
Cependant, ces pollinisateurs font face à des menaces sérieuses, notamment la déforestation, l’utilisation de pesticides et le changement climatique. Rosa Vásquez Espinoza, fondatrice d'Amazon Research Internacional, souligne que ces facteurs perturbent leur habitat naturel et provoquent des déplacements massifs des abeilles. « Nous avons constaté une corrélation directe entre la déforestation et le déclin des populations d'abeilles », ajoute-t-elle.
Depuis 2020, Espinoza s'est associée aux communautés locales pour étudier ces abeilles et leur miel, connu pour ses propriétés anti-inflammatoires et antioxydantes. Ce projet de cartographie, soutenu par l'IUCN, a été essentiel pour plaider en faveur d'une législation reconnue en 2024, désignant formellement les abeilles sans dard comme espèces natives protégées du Pérou.
Les nouvelles lois imposent des mesures concrètes pour assurer la survie de ces abeilles, incluant la reforestation, la régulation stricte des pesticides, et bien sûr, l’adaptation aux changements climatiques. Le fait qu'une pétition mondiale pour étendre cette législation à tout le pays ait recueilli plus de 386 000 signatures témoigne de l'intérêt international suscité par cette initiative. Des collectifs en Bolivie, aux Pays-Bas et aux États-Unis s’inspirent désormais de cet exemple pour défendre les droits de leurs propres abeilles sauvages.
Alors que le monde se tourne de plus en plus vers des initiatives pour protéger la biodiversité, cette législation péruvienne pourrait bien être un modèle à suivre pour d’autres nations. En positionnant les abeilles au cœur des préoccupations environnementales, le Pérou montre qu'il est possible de changer notre relation avec la nature, pour le bienfait de tous.







