Les médicaments anti-obésité Wegovy et Mounjaro seront remboursés à partir de ce lundi 15 juin 2026. Bien que cela représente une avancée, tous les patients ne pourront pas en profiter. Faisons le point sur les conditions.
Rapidement adoptés à l’échelle internationale, les anti-obésité Wegovy et Mounjaro, qui appartiennent à la classe des analogues du GLP-1, seront pris en charge à hauteur de 65 % par l’Assurance maladie pour les patients souffrant d’obésité massive, qu’elle soit sans comorbidité ou sévère avec comorbidité. Cependant, le dispositif d’accès sera limité : seules les prescriptions faites par des médecins des centres spécialisés de l’obésité (CSO) seront acceptées, selon un article du site de la santé Le Quotidien du Médecin.
La prise en charge commence ce lundi 15 juin, mais de nombreux patients pourraient continuer à assumer seuls le coût de ces traitements. Éric Myon, pharmacien à Paris, souligne la nécessité d'une ordonnance sécurisée accompagnée d’un formulaire de prise en charge: « Il faudra vraiment que l’on s’assure que les ordonnances sont parfaites ». Le défi pour lui consistera à identifier les médecins habilités à prescrire ces médicaments.
Des prix fixes
Un changement important annoncée par le pharmacien est que tous les prix de ces médicaments seront harmonisés à partir de lundi, contrairement à la variabilité observée dans les officines. À court terme, il anticipe peu de changement dans la demande. Les médecins ne pourront pas traiter tous les patients avant l'été, prédit-il. Parmi ceux déjà traités, beaucoup continueront à acheter les médicaments hors prise en charge. « Une quinzaine de patients par semaine choisissent de les acheter de leur poche », révèle-t-il, ajoutant que la motivation de ces patients dépasse souvent leurs contraintes économiques.
"Suivi tranquille"
Léa Boulanger, 29 ans, témoigne également de son expérience : traitée avec Mounjaro depuis décembre, elle paie 279 euros par mois pour ce médicament. « Je préfère avoir mes prescriptions par mon médecin traitant en qui j’ai confiance. Il n’y a pas de jugement ni de tabou », dit-elle fièrement, après avoir perdu 20 kilos grâce à ce produit.
Les critères de prise en charge seront stricts. Pour bénéficier des 65 %, les patients doivent également suivre un régime alimentaire moins calorique et augmenter leur activité physique. Pierre-Yves Geoffard, professeur à l’École d’économie de Paris, exprime son scepticisme à ce sujet : « Croyez-vous que des inspecteurs de la Haute autorité de santé iront vérifier que les gens respectent bien leur régime ? » Selon les estimations, un million de personnes pourrait être potentiellement éligibles, mais le ministère de la Santé prévoit qu'en réalité, ce chiffre sera inférieur, avec un coût anticipé d'environ cent millions d’euros pour l’Assurance Maladie d'ici 2027.
"Page blanche" pour les mutuelles
Les perspectives du marché des traitements anti-obésité sont prometteuses : déjà estimé à plus de 150 millions d'euros après dix-huit mois de lancement, le marché pourrait encore croître avec l’arrivée des versions orales. Alexandre Fauconnier, consultant au sein du cabinet Kearney, soulève la question de savoir si les autorités françaises permettront d'accélérer l'accès à ces formes orales pour un traitement plus abordable. Depuis l'introduction de Wegovy en octobre 2024, les ventes mensuelles ont augmenté de 23 % et pourraient encore croître. En réponse à cette demande croissante, certaines mutuelles envisagent de proposer une couverture élargie pour les patients non éligibles. Pierre-Yves Geoffard, souligne que cela pourrait devenir un argument de vente dans un marché compétitif d'assurance. Olivier Milcamps, directeur des études chez Harmonie Mutuelle, indique qu'il s'agit d'une « page blanche » pour les complémentaires santé, qui voudraient développer des pactes tarifaires tout en surveillant l'adhésion à l’activité physique nécessaire pour justifier le remboursement.







