Lundi, les Éthiopiens se dirigent vers les urnes pour élire leurs députés, qui auront pour mission de désigner le futur Premier ministre. Le Parti de la prospérité (PP), dirigé par Abiy Ahmed, premier ministre sortant, est pressenti comme le grand vainqueur de ce scrutin.
Au pouvoir depuis 2018, Abiy Ahmed fait face à des critiques croissantes sur son autoritarisme et la répression des voix dissidentes, un retournement de situation notoire pour un leader qui a reçu le Prix Nobel de la paix en 2019. Selon une analyse du think tank britannique Chatham House, les élections de cette année pourraient être marquées par une faible compétition, ce qui soulève des inquiétudes quant à l'avenir démocratique du pays.
L'Éthiopie, qui compte plus de 130 millions d'habitants, a vu ses précédents scrutins donner peu de place à l'opposition. En effet, ces élections semblent davantage conçues pour consolider le pouvoir en place que pour offrir des options politiques réelles aux citoyens. Dans la Chambre des représentants sortante, le PP détient déjà 96% des sièges.
Plus de 50 millions d'électeurs sont attendus dans près de 48 000 bureaux de vote dispersés sur un territoire équivalent à deux fois la France. Les bureaux ouvriront à 06H00 (03H00 GMT) et fermeront à 18H00 (15H00 GMT), mais la durée du scrutin pourrait être prolongée en raison des conditions logistiques, a prévenu un membre de la Commission électorale (Nebe).
Les résultats devraient être connus dix jours après la fin du scrutin. Toutefois, l'opposition, déjà fragmentée en plus de quarante partis et dépourvue de ressources, se présente face à un PP largement dominant. Selon les chiffres, le parti Ezema n'a engagé que 293 candidats sur les 501 circonscriptions.
Les tensions régionales représentent une autre dimension complexe de ces élections. Le Tigré, une région affectée par un conflit armé, ne participera pas au scrutin, laissant ses 38 sièges vacants. Des analystes comme ceux de Chatham House notent que de nombreux opposants sont soit en exil, emprisonnés, ou préfèrent la lutte armée au dialogue électoral.
Dans ce contexte, l'Éthiopie, dont l'économie devrait connaître une croissance impressionnante, selon le FMI, est également le théâtre de conflits dans les régions d'Oromia et d'Amhara, où des milices menacent le processus électoral.
Malgré les menaces de violences et le climat tendu, la Commission électorale a déclaré que les bureaux de vote ouvriront dans l'ensemble d'Oromia, un état où les rebelles de l'OLA continuent leurs actions depuis 2018. Des observateurs de l'Union africaine et d'autres organismes régionaux seront présents pour superviser le scrutin, تاہم, l'Union européenne n’enverra pas d’observateurs, une décision qui préoccupe certains experts.
Ces élections représentent un tournant crucial pour l'Éthiopie, où les défis politiques, sociaux et économiques s'entrelacent dans un paysage de tensions grandissantes.







