Christel Sire-Coupet, responsable du laboratoire de police scientifique de Paris, a géré des milliers de dossiers dans sa carrière, entre toxicologie, balistique et analyses génétiques. Selon elle, les avancées technologiques rendent de plus en plus difficile pour les criminels d'échapper à la justice. Dans son ouvrage, Le crime parfait n'existe pas, elle explore ces nouvelles frontières de la science criminelle et leur impact sur les enquêtes non résolues.
De nouvelles frontières pour la science criminelle
La science évolue rapidement. En deux décennies, la biologie a considérablement changé. Lors de son arrivée en 2003, on utilisait dix marqueurs génétiques ; aujourd'hui, on en compte 24. L'avancée en matière d'analyses d'ADN est saisissante : auparavant, il fallait des milliers de cellules pour établir un profil génétique, alors qu'aujourd'hui, une vingtaine de cellules suffisent. Ces progrès sont en grande partie dus à l'essor de l'intelligence artificielle, qui accélère le processus d'analyse tout en laissant la place au jugement humain pour valider les résultats.
Les défis des affaires non résolues
Des cas tragiques tels que la tuerie de Chevaline ou l'affaire Grégory restent non résolus, malgré ces avancées. Selon Sire-Coupet, la qualité de l'analyse de la scène de crime dès le départ est cruciale. Si les indices ne sont pas correctement prélevés ou analysés, les chances de résoudre l'affaire tombent rapidement. Toutefois, il est également possible de rencontrer des ADN inconnus qui ne correspondent à aucun des suspects.
Pour illustrer cette complexité, Sire-Coupet rappelle le principe d'échange de Locard : chaque criminel laisse des traces et en emporte également. Cela signifie qu'avec les méthodes modernes d'analyse, il devient difficile pour un criminel de s'en tirer. Pour elle, le crime parfait reste un mythe, comme le souligne également le romancier Olivier Norek, qui évoque cette thématique à travers ses œuvres.
Le rôle croissant des traces numériques
Dans l'époque actuelle, les preuves ne se limitent pas aux analyses ADN. Les données numériques jouent un rôle essentiel dans les enquêtes. Dans l'affaire Daval, les informations de la technologie embarquée sur le véhicule ont été décisives. Des dispositifs comme les montres connectées, capables de suivre des données telles que le rythme cardiaque, ajoutent une nouvelle dimension aux investigations.
Repenser la valeur de l'ADN
Bien que l'ADN ait été considéré longtemps comme la preuve incontestée, Sire-Coupet va à contre-courant en affirmant qu'il ne devrait pas être perçu comme la ‘reine des preuves.’ Dans certains cas, l'ADN peut être transporté sans lien avec la scène de crime et, par conséquent, induire en erreur les enquêteurs. Des cas récents de viols compromettent cette vision, car les ADN trouvés peuvent parfois n'appartenir qu'à des personnes non impliquées dans le crime.
Christel Sire-Coupet conclut en affirmant l'importance de replacer chaque élément scientifique dans le contexte de l'enquête pour garantir l'exactitude et la vérité. Les avancées scientifiques sont là, mais elles doivent être intégrées avec rigueur et méthodologie dans le travail des enquêteurs.







