L'Ukraine face à la ruée vers les intercepteurs de drones du Moyen-Orient

L'Ukraine, pionnière des drones militaires, attire une demande sans précédent du Moyen-Orient.
L'Ukraine face à la ruée vers les intercepteurs de drones du Moyen-Orient
©Genya SAVILOV, AFP - Un intercepteur de drones P1-Sun avant des vols d'essai, dans un lieu non divulgué en Ukraine, le 19 mars 2026

Depuis le début de la guerre en Iran, des fabricants ukrainiens d'intercepteurs de drones constatent une demande explosive en provenance du Moyen-Orient, attendant maintenant le feu vert de Kiev pour pouvoir exporter.

L'invasion russe, amorcée en 2022, a mis l'Ukraine dans une situation délicate, mais a également propulsé le pays au sommet de l'innovation en matière de drones militaires.

Avec des centaines de fabricants produisant ces appareils par millions, l'Ukraine revendique une expertise unique sur le terrain.

La guerre au Moyen-Orient a révélé une nouvelle facette de cette industrie : les intercepteurs, conçus pour neutraliser les drones ennemis dans les airs.

Soumis à des attaques quotidiennes de milliers de drones Shahed, d'origine iranienne ou fabriqués par Moscou, l'Ukraine a développé un arsenal de systèmes de défense peu coûteux mais efficaces, y compris des intercepteurs.

Ce savoir-faire attire l'intérêt de pays du Golfe, victimes similaires aux attaques par drone en réponse aux frappes menées par Israël et les États-Unis depuis début 2023.

- Des exportations bloquées -

Des représentants de ces nations frappent à la porte de Kiev, rapporte l'AFP, alors que l'intérêt pour les intercepteurs devient croissant. Marko Kuchnir, porte-parole de General Cherry, un prestigieux producteur d'intercepteurs, confie : "Nous avons reçu des centaines, voire des milliers, de requêtes de quasiment tous les pays du Moyen-Orient touchés par l'Iran".

Les demandes, émanant de gouvernements et d'entreprises privées, témoignent d'un intérêt immense, en particulier pour ces intercepteurs. Des histoires cocasses émergent, comme cette nation qui a réussi à acquérir des intercepteurs sans charges explosives, les rendant inutiles, rapporte un haut responsable ukrainien sous couvert d'anonymat.

Malgré tout, les exportations de matériel militaire restent globalement interdites en Ukraine depuis le début du conflit, articulant un désir d'ouverture imminent de la part des autorités.

Le président Volodymyr Zelensky s'est engagé à étendre la coopération militaire avec les pays du Golfe et les États-Unis, anticipant en retour un soutien contre la Russie.

Bien que Joe Biden ait exprimé qu'il n'avait pas besoin d'aide, l'Ukraine a déployé plus de 200 experts militaires au Moyen-Orient, dans le but de partager ses connaissances et de démontrer ses compétences militaires.

Zelensky espère établir des partenariats durables dans le secteur des drones avec ces pays, en visant également à financer la production en Ukraine, dont les capacités actuelles sont sous-utilisées faute de financement.

- "Nous sommes prêts à aider" -

Cependant, des tensions demeurent, notamment avec des nations cherchant à acquérir des drones ukrainiens en contournant les autorités. Zelensky a averti : "Nos entreprises ne sont pas en difficulté, elles génèrent des profits significatifs en fournissant l'armée ukrainienne", menaçant les producteurs de conséquences s’ils cherchent des bénéfices rapides.

Les fabricants assurent leur loyauté envers l'État. Paradoxalement, des producteurs sont déjà en train de peaufiner des intercepteurs pour les proposer, mais seulement après obtenir le feu vert officiel. Ares, porte-parole d'un des leaders de la production, Skyfall, insiste : "Nous sommes disponibles pour contribuer, mais cela doit être fait dans le cadre légal".

Leur dernier modèle, l'intercepteur P1-Sun, a été déployé avec succès sur le front il y a quelques mois et se distingue pour son efficacité contre les drones ennemis.

- "Comme du pétrole" -

Skyfall présente également son intercepteur comme le "moins cher au monde" à 1 000 dollars (870 euros) l'unité pour l'armée ukrainienne. Capables de produire jusqu'à 50 000 intercepteurs par mois, ils envisagent d'exporter une partie de cette production, ajoutant que pour eux, les drones équivalent à "du pétrole", déclarait récemment Zelensky.

Cependant, la capacité à produire des drones ne garantit pas nécessairement des bénéfices à long terme. Serguiï Zgourets, expert militaire ukrainien, souligne que les pays du Golfe, dotés de plus de ressources, finiront probablement par revenir vers des défenseurs aériens classiques et pourrait mettre en lumière un dilemme éthique entre les nouveaux riches de l'industrie et les soldats en première ligne.

"L'un devient millionnaire, l'autre finit mort ou mutilé, bien qu'ils portent tous deux la même cause" commente un commandant d'unité de drones ukrainienne.

Lire aussi

La richesse géologique, un atout incontournable pour les terroirs viticoles
Découvrez comment la géologie façonne les terroirs viticoles des Terrasses du Larzac et enrichit la diversité des vins.
14h28
L'Iran ouvre une voie maritime pour les navires turcs : un second transit au détroit d'Ormuz
Un second navire turc traverse le détroit d'Ormuz malgré la guerre au Moyen-Orient. Un soutien symbolique d'Iran à la Turquie ?
13h12
Dispute explosive près de Naples : un locataire arrache l'oreille de son propriétaire
Découvrez comment une coupure d'eau a provoqué une violente altercation entre un locataire et son propriétaire à Villaricca, près de Naples.
12h37
Des réductions inattendues sur trois smartphones chez Amazon
Découvrez les réductions incroyables sur trois smartphones très recherchés sur Amazon. Ne manquez pas ces bonnes affaires.
10h49
la flambée des prix du gazole en europe : un effet domino du conflit au moyen-orient
les prix du gazole s'envolent en europe alors que le conflit au moyen-orient perturbe l'approvisionnement. découvrez les dynamiques complexes derrière cette crise.
09h28
Quand un propriétaire perd patience et coupe l'électricité de son locataire
À Auch, un propriétaire se fait justice en coupant l'électricité de son locataire. Une affaire qui soulève des questions sur la légitimité des actions des bailleurs face aux impayés.
3 avril