La présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a rencontré jeudi après-midi des représentants d'agriculteurs en proie à la colère, rassemblés par centaines devant le Palais Bourbon à Paris. Des dizaines de tracteurs ont par ailleurs été aperçus dans la capitale, tandis que d'autres étaient bloqués à ses portes.
La Coordination rurale (CR), deuxième syndicat agricole célèbre pour ses opérations coup de poing, a décidé de braver l'interdiction de manifester dans certaines zones de Paris. Au petit matin, ils ont investi des lieux emblématiques comme l'Arc de Triomphe et la Tour Eiffel.
La présidente de l'Assemblée a débuté ses échanges avec la FNSEA, le premier syndicat agricole, avant de recevoir à 15H30 la CR. Gérard Larcher, président du Sénat, a également pris le temps de rencontrer ces deux syndicats au milieu de la journée.
Des membres du Parlement se sont également joints aux manifestations, et la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, a échangé avec les agriculteurs, bien que son intervention n'ait pas apporté de réponses concrètes. José Pérez, président de la CR du Lot-et-Garonne, a exprimé son désarroi face à ce manque d'engagement: "Il n'y a rien du tout, et aujourd'hui, il faudrait un engagement sur la suppression des normes françaises". Sa déclaration résume bien l'angoisse actuelle des agriculteurs.
La CR appelle à un "moratoire" sur les contrôles et à la suppression des agences environnementales, insistant sur la nécessité de redéfinir la stratégie de gestion des troupeaux bovins touchés par la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), qui aggrave leur détresse. Richard Felicien, céréalier et éleveur de volailles, a même déclaré : "Macron nous sort des milliards pour aider l'Ukraine alors que notre crise est ici, chez nous".
- NON AU MERCOSUR -
Les syndicats agricoles s'opposent aussi fermement à l'accord de libre-échange entre l'UE et le Mercosur, un sujet qui sera voté par les États membres ce vendredi à Bruxelles. Selon le ministre des Relations avec le Parlement, Laurent Panifous, la France devrait s'opposer à cet accord, indiquant que la position définitive sera révélée par le Premier ministre et le Président.
La FNSEA, en collaboration avec les Jeunes agriculteurs, a annoncé un rassemblement majeur prévu pour le 20 janvier devant le Parlement européen, en réponse à une éventuelle signature du traité ce week-end.
Des actions simultanées ont été mises en œuvre à travers le pays, y compris des blocages routiers, tandis que l'Île-de-France a déposé une gerbe en hommage aux agriculteurs devant la Tour Eiffel. En Belgique, des syndicats locaux ont également prévu des actions de blocage.
Malgré les promesses de dialogue de la ministre Genevard, la préfecture de police a condamné les actions qualifiées d"illégales" par la Coordination rurale, déclarant que la sécurité publique devait primer.
Actuellement, environ 46 tracteurs se trouvent à Paris, avec 63 en périphérie, et 670 manifestants recensés selon le ministère de l'Intérieur. La tension monte, alors que les forces de l'ordre rapportent un nombre croissant d'arrestations en lien avec ces manifestations.
Les agriculteurs espèrent qu’un dialogue constructif pourra déboucher sur des réponses concrètes et des mesures favorables à leur situation difficile, l’avenir de leur secteur étant en jeu.







