L'élevage industriel d'insectes, tout un enjeu économique, est à un tournant décisif. La récente liquidation d'Ynsect, qui a reçu un soutien public de 148 millions d'euros, soulève de nombreuses interrogations quant à la viabilité de ce modèle. Les deux acteurs principaux restants, Agronutris et Innovafeed, se disent en mesure de maintenir leur production industrielle malgré un contexte difficile. Ces entreprises, spécialisées dans la production de farines d'insectes destinées à l'élevage, affirment avoir bénéficié de moins de subventions que leur concurrent déchu.
« Nous avons la confiance de nos investisseurs privés et un marché qui s'avère prometteur », affirme Cédric Auriol, directeur général d'Agronutris. Selon lui, la différence de coût de production entre son entreprise et Ynsect est significative, rendant leur offre plus attractive sur le marché. « Nos clients disent être disposés à payer un peu plus cher pour des protéines d'origine insecte, à condition de respecter des critères de durabilité et de santé animale », continue-t-il.
Entre promesses et critiques
D'un autre côté, un récent rapport rédigé par des chercheurs sur les impacts environnementaux des farines d'insectes remet en question leur réputation. Selon Julie Coumau et Tom Bry-Chevalier, les farines d'insectes pourraient émettre plus de gaz à effet de serre que certaines protéines traditionnelles. Leur étude remet également en cause les financements publics accordés à une filière qui demeure encore en phase d'expérimentation.
En réponse, Aude Guo, cofondatrice d'Innovafeed, conteste fortement ces affirmations. Elle insiste sur le fait qu'Innovafeed a multiplié par dix sa production tout en réduisant de manière significative ses coûts. « Moins de 3 % de notre financement provient de subventions publiques, ce qui nous distingue des projets moins performants », souligne-t-elle. Innovafeed a réussi à lever 450 millions d'euros depuis sa création en 2016, soutenue par des investisseurs stratégiques tels que Bpifrance.
Le parcours d'Agronutris, bien que semé d'embûches, montre également des signes de reprise. Après une levée de fonds de 100 millions d'euros en 2021 avec des soutiens publics, l'entreprise a récemment trouvé un nouvel investisseur après quelques difficultés de gestion.
À la lumière des défis économiques actuels, les deux dirigeants estiment que le secteur a besoin de soutien public, d'autant plus face à la montée en puissance des compétiteurs internationaux, notamment chinois. « Les États-Unis et la Chine prennent des mesures concrètes pour soutenir leur industrie de l'insecte. Nous devons nous rappeler que les premiers échecs ne doivent pas nous décourager ; au contraire, ils doivent nous inciter à persister », conclut Cédric Auriol.







