L’Insee a révélé jeudi que le Produit intérieur brut (PIB) de la France est resté stable au premier trimestre, une nouvelle qui pourrait s’avérer préoccupante. Cette stagnation est attribuée à une demande intérieure faible et à une contribution négative du commerce extérieur, tandis que les effets collatéraux de la guerre en Iran n’ont pas encore eu de répercussions notables sur la croissance.
La croissance française, déjà en difficulté avant l'escalade des tensions géopolitiques, déçoit les prévisions optimistes des principaux instituts économiques. La Banque de France avait estimé, il y a seulement deux semaines, que la croissance pourrait atteindre jusqu’à 0,3% pour ce trimestre. En revanche, l’Insee a ajusté à la baisse ses prévisions, passant de 0,3% à 0,2% fin mars.
Les données actuelles démontrent que le PIB "marque le pas", selon l'Institut national de la statistique, après une légère augmentation de 0,2% au quatrième trimestre 2025. La baisse de la composante 'construction', illustrée par un repli de 1,5%, a particulièrement affecté le secteur des travaux publics. Marie Leclair, cheffe du département des Comptes nationaux à l'Insee, a lié ce phénomène à un cycle électoral, notant que les municipalités évitent de lancer de nouveaux projets à l’approche des élections.
La contribution de la demande intérieure pour ce trimestre est nulle, tandis que celle du commerce extérieur est "fortement négative". Les exportations d'avions ont chuté après des livraisons massives en 2025, et les importations continuent de diminuer. Ce sont finalement les reconstitutions de stocks dans des secteurs comme l'aéronautique qui ont permis de maintenir le PIB à flot durant cette période.
Maxime Darmet, économiste chez Allianz Trade, a souligné qu'au-delà du chiffre nul, les détails économiques en surprendront peu. Il note des faiblesses persistantes dans la consommation des ménages et décrit la construction comme un "gros point noir". Toutefois, la production manufacturière montre des signes de résilience, soutenue par des investissements dans la défense.
Cette stagnation soulève des inquiétudes quant aux prévisions de croissance du gouvernement, fixées à 0,9% pour l’année. Réaliser cet objectif nécessiterait une croissance d’environ 0,3% par trimestre, une tâche qui semble particulièrement difficile compte tenu des conséquences incertaines de la guerre.
Dans une analyse anticipée, Charlotte de Montpellier, économiste chez ING, prévoyait déjà un rythme de croissance de 0,7% pour 2026, tout en avertissant que cela pourrait être revu à la baisse si le conflit perdure. De plus, le début du deuxième trimestre semble déjà influencé par la guerre, comme le montre une détérioration du climat des affaires. La confiance des ménages a également chuté, atteignant son plus bas niveau depuis mars 2022, en parallèle avec une inflation galopante.
Sylvain Bersinger, fondateur du cabinet Bersingéco, a estimé que le blocage du détroit d’Ormuz pourrait réduire la croissance annuelle de 0,3 point de pourcentage, amenant à une augmentation du PIB de seulement 0,6% cette année. En parallèle, l'inflation commence à redécoller, en grande partie en raison de l'envolée des prix du pétrole, qui a grimpé à 126 dollars le baril, contre environ 60 dollars fin 2025. D’après l’Insee, les prix à la consommation ont éprouvé une hausse de 2,2% sur une année en avril, une surprise par rapport aux prévisions limitées à 2%.







