Planter quelques espèces médicinales dans son jardin est une manière simple et écologique d'avoir à portée de main des remèdes traditionnels pour soigner de petits maux. Toutefois, entre tradition populaire, réglementation et risques potentiels, il est utile de connaître le cadre légal et les précautions à prendre avant de cultiver, utiliser ou vendre ces végétaux.
définition, pharmacopée et cadre réglementaire
On entend par « plante médicinale » une plante du règne végétal réputée pour ses effets sur l'organisme lorsqu'elle est employée à des doses normales et non toxiques. Historiquement issues de savoirs empiriques, ces plantes font aujourd'hui l'objet d'études et de monographies scientifiques regroupées dans la pharmacopée.
La pharmacopée française recense officiellement les plantes considérées comme médicinales et distingue notamment deux listes : une liste A regroupant les plantes traditionnellement utilisées (dont certaines voient leur vente libéralisée pour un usage alimentaire ou condimentaire) et une liste B comportant des végétaux dont les risques potentiels peuvent dépasser les bénéfices attendus. Ces références évoluent en fonction des données scientifiques et des avis des autorités sanitaires (ANSM, ANSES).
Sur le plan légal, la vente de plantes inscrites à la pharmacopée relève en principe du monopole pharmaceutique (art. L.4211-1 du Code de la santé publique), mais un décret précise les plantes libérées et les conditions de commercialisation. La frontière entre plante alimentaire, complément alimentaire et médicament est parfois ténue : l'étiquetage ne doit pas comporter d'allégations thérapeutiques non autorisées.
qui peut vendre et quelles restrictions ?
- le pharmacien détient le monopole pour la vente de nombreuses plantes médicinales ;
- certaines plantes (une centaine et quelques) ont été exemptées du monopole et peuvent être vendues comme produits alimentaires ou tisanes, sous conditions ;
- les compléments alimentaires contenant des plantes ne doivent pas revendiquer de propriétés curatives et leur commercialisation est soumise à déclaration et contrôle (DGCCRF, ANSES).
En pratique, toute vente comportant une allégation thérapeutique ou destinée au traitement d'une maladie entre dans le champ du médicament et nécessite des autorisations spécifiques. Les ventes sur internet compliquent le contrôle mais n'exonèrent pas des règles applicables.
cultiver et utiliser : conseils pour un jardin sûr
Toutes les plantes médicinales peuvent être cultivées dans un jardin privé, de préférence en agriculture biologique, sans pesticides chimiques. Cependant, la culture ne dispense pas d'une vigilance particulière : certaines plantes sont toxiques, d'autres interagissent avec des traitements médicamenteux (ex. : la digitale fournit une molécule utile en cardiologie mais peut être mortelle hors dosage contrôlé).
Avant toute préparation ou usage, informez-vous via des monographies fiables (pharmacopée, ANSM, revues scientifiques) et consultez un professionnel de santé en cas de doute, de grossesse, d'allaitement ou de prise de médicaments. Rangez les plantes et préparations hors de portée des enfants.
- bonnes pratiques : cultivez en bio, identifiez précisément chaque espèce, respectez la partie de plante utilisée (feuilles, fleurs, racines), dosez avec prudence et notez les éventuelles interactions ;
- préparation et stockage : séchez à l'ombre, conservez à l'abri de l'humidité et étiquetez clairement les récoltes.
La redécouverte de la phytothérapie s'accompagne d'une professionnalisation nécessaire : monographies, habitudes culturales respectueuses et encadrement de la vente protègent à la fois la santé publique et la biodiversité. Cultiver des plantes médicinales est donc tout à fait possible et enrichissant, à condition d'agir en connaissance de cause et de respecter les règles de sécurité et de commercialisation en vigueur.







