Le projet de loi d’urgence agricole, actuellement débattu à l’Assemblée nationale, ne semble pas répondre aux attentes des agriculteurs en Occitanie. Nombreux sont ceux qui le jugent insuffisant et trop tardif face à leurs problématiques actuelles.
Un projet contesté
Désigné comme la réponse gouvernementale à la crise agricole de l'hiver dernier, le projet de loi d’urgence agricole a été introduit le 19 mai 2026, espérant offrir des solutions aux revendications, surtout mises en lumière lors des manifestations autour de l’A64 à Carbonne, près de Toulouse.
Celui-ci comprend 23 articles couvrant des thématiques variées, telles que l'extension des bâtiments d'élevage, la gestion des attaques de loups et le contrôle des importations. Toutefois, il aborde aussi la question cruciale du stockage d'eau, cherchant à faciliter les projets d'irrigation en simplifiant certaines procédures administratives.
La gestion de l'eau, au cœur des préoccupations
Ce thème demeure délicat ; plusieurs écologistes et groupes citoyens estiment que l’eau devrait prioritairement servir pour les besoins domestiques et le maintien des écosystèmes, particulièrement en période de sécheresse. Pour eux, l'irrigation agricole ne doit pas passer en premier.
Cette vision n'est pas partagée par tous. Eloi Nespoulous, président de la Coordination rurale en Occitanie, souligne : « Avec l'abondance de pluie cet hiver, il serait essentiel de stocker cette ressource. Nos voisins espagnols, malgré des conditions arides, réussissent grâce à des investissements dans la gestion de l'eau. Nous ne pouvons rester passifs pendant qu'ils innovent. »
L'urgence d'agir
L'éleveur Jérôme Bayle, à l'origine des manifestations agricoles début 2024, reste sceptique : « Nos exploitations souffrent maintenant, il est crucial de répondre immédiatement à nos besoins. Attendre des résultats législatifs pourrait nous faire perdre un temps précieux. »
Ce projet de loi est le troisième à être présenté au Parlement depuis 2024, faisant suite aux lois d’orientation en matière de souveraineté alimentaire et de régulation des néonicotinoïdes, cette dernière ayant été censurée par le Conseil constitutionnel après une forte mobilisation citoyenne. Damien Garrigues, président de la FDSEA du Tarn-et-Garonne, exprime sa crainte que ce projet finisse par n'avoir que peu d'impact. Il déclarait : « C'est une mascarade. Les déclarations d'intention se heurtent souvent à des réalités décevantes, nous perdons confiance. »
De son côté, la Confédération paysanne critique vigoureusement le projet, le qualifiant de « dangereux pour l’agriculture » et craignant qu'il n'engendre une accélération des projets de méga-bassines, tout en sapant les mécanismes de gestion démocratique de l'eau.
Face à cette situation, l'avenir du projet de loi d’urgence agricole soulève de nombreuses interrogations, alors qu'il est examiné jusqu’au 29 mai.







