Dimanche dernier, des militantes Femen ont manifesté lors de la cérémonie organisée par le maire du Rassemblement national (RN) de Carcassonne pour célébrer Jeanne d’Arc. Elles ont dénoncé la manipulation politique de cette icône historique en déclarant : « Jeanne a chassé les envahisseurs, pas les migrants, les sans-abri ni les étudiants ! Ces actes d'intimidation et ce populisme n'ont pas leur place dans une démocratie. »
Historique de cette appropriation, il est important de rappeler que Jeanne d’Arc a longtemps été vampirisée par les mouvements royalistes et catholiques avant que Jean-Marie Le Pen ne s’en empare avec le Front national. Dans l'imaginaire du RN, elle est érigée en symbole héroïque, patriotique et guerrier, dénaturant ainsi sa véritable essence.
Alors que le FN organisait depuis les années 1980 un défilé en son honneur le 1er mai, le RN a mis un terme à cette tradition après 2016, année marquée par la célèbre déclaration de Jean-Marie Le Pen sur scène avec sa parka rouge : « Jeanne, au secours ! ». Cependant, le RN maintient sa connexion à cette figure emblématique.
Julien Odoul, porte-parole du parti, a affirmé : « Jeanne d’Arc est une héroïne de notre roman national. Elle incarne la résistance, le patriotisme et l'espoir d'un peuple déterminé à libérer son pays. »
Il ne faut pas s’étonner que le RN déforme l’histoire. En effet, cette manipulation est soigneusement orchestrée, tendant à plonger la France dans un récit mythique d’identité nationale, où même les droits des femmes deviennent des instruments d'une narrative nationaliste. Un autre angle d'analyse peut être trouvé dans les réflexions de Laurent Bouvet, un universitaire en sociologie, qui souligne que « la lutte pour les droits des femmes ne doit pas être réduite à des acquis présentés comme naturels ».
Rappelons également les paroles de Jordan Bardella sur TF1 : « Nous devons refuser qu’une femme en France ait à craindre pour ses droits ». Ce discours, bien qu'habile, laisse sous-entendre l'idée d’un statu quo acquis, minimisant les luttes passées des féministes.
Cette version simpliste tend à effacer les combats historiques pour les droits des femmes, comme s'ils avaient émergé presque de manière providentielles et sans contestation. Le paradoxe serait de croire que Napoléon Bonaparte ait été un champion de l’émancipation féminine. En somme, le RN ne défend ni Jeanne d’Arc ni les droits des femmes, mais les transforme en simples éléments de son récit national.







