Dans le paysage isolé des Pyrénées-Orientales, les bergers, souvent invisibles, ont trouvé une nouvelle voie pour défendre leurs intérêts : la création d’une section syndicale au sein de la CGT. Ce groupe permet à des travailleurs saisonniers de faire entendre dans le monde du travail leurs préoccupations.
« Des prolétaires de la montagne », c'est ainsi que Samy, un vacher engagé, se décrit. Responsable de l'estive de Prats Cabrera, à 1 800 mètres d'altitude sur le flanc est du massif du Canigou, il a décidé de prendre les devants en lançant cette initiative. Bien que des syndicats similaires existent déjà dans l’Ariège, en Isère ou en Provence-Alpes-Côte d’Azur, les Pyrénées-Orientales étaient jusqu'alors dépourvues d'une telle organisation.
La dermatose nodulaire comme détonateur
Lors d’un conflit avec ses employeurs en 2020, Samy a pris conscience de l'importance de la solidarité. « Je me suis syndiqué à ce moment-là », confie-t-il. C'est toutefois l’épisode de dermatose nodulaire contagieuse qui a agi comme un catalyseur, éveillant l'indignation collective des travailleurs. « Personne n'a pris en compte les difficultés que nous avons rencontrées durant cette période, avec l’abattage des animaux. Quand les éleveurs ont été indemnisés, nous, les gardiens de troupeaux, avons été laissés sans soutien », déplore-t-il.
Fort de cette injustice, Samy a commencé à établir des contacts avec d'autres bergers et vachers de la région, recueillant des témoignages sur leurs conditions de vie. « J'ai pu en joindre environ 25, soit la moitié des travailleurs de l'estive », explique-t-il, soulignant l'importance de créer une base solide pour défendre leurs droits.
« Créer du lien entre nous »
La section syndicale, maintenant en place, n'entend pas se précipiter dans des revendications. « Notre premier objectif est de tisser des liens entre nous, notamment dans le Conflent, où l'isolement est normé », précise Samy. À terme, ils visent à négocier une convention collective adaptée aux spécificités de leur métier.
En attendant, cette année s'annonce atypique pour les estives des Pyrénées-Orientales. Peu d'élevages touchés par la dermatose nodulaire ont réussi à reconstituer leurs troupeaux. Cela signifie que cette saison, les pâturages seront moins peuplés, créant un vide ressent affligeant dans le paysage pastoral.







