l'essentiel
Dans les Hautes-Pyrénées, une réforme du zonage agricole mise en place depuis 2019 complique la vie de nombreux éleveurs. Jacques Abadie, éleveur de bovins, déplore avoir perdu une aide cruciale de la PAC, s'inquiétant ainsi pour l'avenir de son exploitation et ses possibilités de transmission.
À Antin, Jacques Abadie contemple désespérément son exploitation. Éleveur bovin depuis plus de quarante ans, il décrit sa situation actuelle comme « ubuesque », conséquence directe du changement de zonage des terres agricoles défavorisées, introduit par l'Union européenne dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC). Cette réforme vise à uniformiser les critères à l'échelle des États membres, mais, sur le terrain, elle a profondément perturbé l'équilibre de certaines exploitations, comme celle de Jacques.
Auparavant, toute son exploitation bénéficiait d'un classement en zone défavorisée, ce qui lui donnait accès à l'ICHN, une aide de la PAC destinée à compenser des contraintes naturelles. Cependant, suite à la réforme, une partie de ses parcelles a été reclassée en zone de plaine, ce qui lui fait perdre un soutien d'environ 40 000 euros. "Cela nous a fermé un tiroir," explique-t-il. Même si ses autres parcelles demeurent en zone défavorisée, cette nouvelle règle l'exclut de ces aides.
Jacques décrit la réalité de ses terres : "Mes parcelles sont pentues et certaines ne sont même pas mécanisables. Ce zonage a été réalisé par des gens qui n'ont jamais mis les pieds sur le terrain." Les difficultés rencontrées sur le terrain ne correspondent pas à l'image d'une agriculture facile que dessine le nouveau découpage.
Une petite région trop productive ?
Le problème ne se limite pas à la géographie mais touche aussi des critères économiques. Le nouveau zonage s’appuie sur une estimation de production brute standard (PPS), qui peut sembler incohérente. Par exemple, le PPS des bovins viande pour Antin s'élève à 1 911 euros, alors que dans des régions plus vastes comme l'Astarac 32, il ne dépasse pas 1 000 euros. Jacques conteste cette situation : "Je connais les exploitations du secteur, nous ne sommes pas dans l'intensif !" Il appelle à une révision de ces calculs ou à une réaffectation à l'Astarac 32.
Depuis 2019, la FDSEA 65 a même saisi le tribunal administratif pour contester ce nouveau zonage, mais leur demandée a été rejetée. Lillian Lasserre, responsable de la FDSEA 65, tire la sonnette d'alarme : "C'est une véritable injustice. Si cela continue, l'élevage va s'éteindre." Elle met également en évidence des incohérences sur le terrain, où le dénivelé dans certaines communes est comparable à celui des zones montagneuses.
Le syndicat demeure actif, cherchant à sensibiliser les autorités sur cette problématique. "Nous avons sollicité un rendez-vous avec la ministre de l'Agriculture afin de discuter de ces questions", précise-t-elle.
Des exploitations en péril
Au-delà de simples statistiques, ce changement met en péril l'avenir de nombreuses exploitations. Jacques Abadie espère transmettre sa ferme à un jeune agriculteur déjà identifié. Cependant, les modifications entraînent de nouvelles complexités. "Il ne s'intéressera qu'aux terres en zone défavorisée, car le classement actuel le pénaliserait," craint-il.
Il se pose des questions fondamentales sur l'avenir de ses terres : "Que voulons-nous ? Que nos champs deviennent des friches ?" En réponse à ses préoccupations, le préfet Jean Salomon a reconnu les défis rencontrés par les éleveurs, tout en précisant qu'aucun recours n'était actuellement possible. Une situation frustrante pour Jacques, qui redoute encore une nouvelle réforme de la PAC.
Pour lui, l'espoir repose sur une révision rapide de ce zonage avant qu'il ne soit trop tard.







