Dans les Pyrénées-Orientales, l'État a pris la décision de prélever 35 cormorans par an dans le but d'analyser leur régime alimentaire et d'évaluer leur impact sur les espèces de poissons protégées. Cette mesure suscite un débat intense au sein de la communauté locale.
Espèce protégée, le grand cormoran est au cœur d'une controverse : représente-t-il une menace pour d'autres espèces tout aussi vulnérables ? Certains pêcheurs estiment que cet oiseau contribue à la diminution des populations de poissons. En conséquence, un arrêté a été pris, autorisant leur abattage ‘à des fins scientifiques’ jusqu'en 2029.
Selon la préfecture, l'objectif principal de cette intervention est de ‘mieux comprendre’ l'impact de cette espèce sur les poissons, en particulier ceux déjà en danger comme l'anguille ou la truite. Chaque oiseau abattu sera scrupuleusement analysé pour déterminer les espèces de poissons consommées ainsi que leur quantité.
Une “guerre des chiffres” autour de l’alimentation
Les chiffres concernant la consommation de poissons par les cormorans varient considérablement. Benjamin Domenech, trésorier de la Fédération de pêche des Pyrénées-Orientales, souligne ce phénomène : ‘Il y a cette guéguerre de chiffres. Certains avancent que les cormorans mangent 400 grammes par jour, d'autres parlent de 600 ou même 800 grammes.’ Cette étude vise à objectiver les débats souvent passionnés en clarifiant les incertitudes qui persistent.
Des tirs encadrés et un suivi annuel
Les prélèvements se feront sous l'encadrement de lieutenants de louveterie sur la commune de Serdinya, de la mi-octobre au début mars. Un rapport annuel sera fourni par la Fédération de pêche, détaillant le nombre de cormorans abattus et les résultats des études. Ce bilan sera soumis aux autorités compétentes afin d'évaluer les effets de cette mesure.
Des précédents et des recours possibles
Ce n'est pas la première fois que l'État autorise ce type de prélèvements. Une dizaine d'années auparavant, 160 cormorans avaient déjà été abattus. Toutefois, une décision similaire prise en 2020 avait été annulée par la justice, et la question d'un recours contre l'arrêté en vigueur est à l'ordre du jour pour de nombreuses associations, dont la LPO.
Les défenseurs de la nature soulignent que le cormoran n'est pas le seul responsable de la raréfaction des poissons. Ils pointent du doigt d'autres facteurs comme la dégradation des milieux naturels et les changements climatiques, apportant un éclairage nécessaire à ce débat complexe.







