Les élections étudiantes aux conseils d'administration des Crous (Centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires) ont eu lieu du 3 au 5 février. Elles risquent de jouer un rôle significatif dans le paysage politique à un an de la présidentielle et quelques semaines avant les municipales, transformant les campus en baromètres des préoccupations des jeunes.
Sur le campus Tertre de l'université de Nantes, les autocollants de la Nouvelle Nantes, soutenus par La France Insoumise pour les municipales de mars, ornent presque chaque poteau. Entre l'amphithéâtre et la cafétéria, les discussions alternent entre questions de loyers, de bourses et les stratégies pour 2027. Bien qu'il ne s'agisse que de désigner des représentants pour le Crous, l'atmosphère ressemble à une répétition générale.
Dans le Crous de Loire-Atlantique et de Vendée, la liste Bouge ton Crous, proche de la FAGE et adoptant une approche apartisane, a obtenu 46,35 % des voix. Ses rivaux de gauche la qualifient de « relais du macronisme à l’université », mais son score indique un apolitisme en essor parmi les jeunes. L'Union syndicale, qui regroupe Union Pirate et Solidaires Étudiant·e·s, arrive en seconde position avec 39,23 %, se concentrant sur des thèmes comme la précarité et la lutte contre les idées d'extrême-droite. Les formations traditionnelles, telles que l'UNEF ou l'UNI, perdent du terrain. Max Rivet, responsable de l'UNI à Nantes, explique : « L'explication est mathématique : ils unissent leurs forces d’extrême-gauche et remportent des sièges, alors que la droite reste divisée. »
Au niveau national, la FAGE se positionne en tête avec 61 sièges. Cependant, la montée du collectif marxiste révolutionnaire, le Poing Levé, qui décroche 17 sièges lors de sa première participation, témoigne d'une certaine radicalisation au sein de l'électorat jeune.
Cette dynamique à gauche s'accompagne d'un mouvement droitier parmi la jeunesse. Selon une étude de The Conversation, la proportion de jeunes de moins de 35 ans se déclarant de droite est passée de 28 % à 38 % en cinq ans, la sympathie pour le Rassemblement national grimpant de 10 % à 19 %.
Rupture entre la jeunesse et les politiques
Éric Berton, président d'Aix Marseille Université, souligne une rupture claire entre les jeunes et les politiques : « Malgré tout, rien n’est gravé dans le marbre. » Une enquête récente menée par l’université d’Aix Marseille, en collaboration avec la Fondation Jean-Jaurès et l’Ifop, révèle que 67 % des jeunes s'engagent pour des causes sociales et environnementales, mais seulement 44 % envisagent de voter lors des municipales de mars 2026. Ce constat met en lumière une génération « profondément engagée pour des causes concrètes, mais en rupture avec les formes traditionnelles de participation politique. »
Les résultats de ces élections sont riches d'enseignements pour les partis politiques. D'un côté, les thèmes de la précarité, du logement et de l'environnement émergent déjà des campus pour nourrir les municipales et la présidentielle. D'un autre, la forte abstention des jeunes souligne les défis à relever pour convertir cet engagement en vote. Comme l’exprime la sociologue et politologue Anne Muxel dans Le Monde, « Les générations plus âgées ont été socialisées dans un contexte où partis et syndicats étaient plus structurants qu'aujourd'hui… Les jeunes, eux, entrent en politique dans une période d’incertitude, où l’électorat est instable. » Reste à savoir si les candidats sauront raviver l'intérêt des jeunes pour la politique afin de les inciter à voter en 2027.







