Entre héritage républicain et préoccupations autour d'un éventuel verrouillage des institutions, le pouvoir de nomination du président de la République soulève de vifs débats en France. Qu'il s'agisse de Jacques Chirac ou d'Emmanuel Macron, tous promettent une certaine retenue lorsqu'ils accèdent à l'Élysée. Pourtant, la réalité du pouvoir semble souvent contrecarrer ces engagements électoraux.
C'est une véritable valse des nominations qui s'opère au sommet de l'État. Parmi les personnalités nommées, on relève Amélie de Montchalin à la Cour des comptes, Emmanuel Moulin à la Banque de France, et Richard Ferrand au Conseil constitutionnel. Tous sont des proches du président Macron, et cette situation n'a pas manqué de susciter l'indignation de l'opposition. Les critiques évoquent un processus de verrouillage des institutions, pourtant établi depuis les débuts de la République.
Des promesses de campagne rarement tenues
En période électorale, chaque candidat jure de ne pas abuser de son pouvoir de nomination. Jacques Chirac, en 1995, affirmait : "Nous avons assisté, au fil des temps, à une dérive monarchique des institutions." François Hollande, en réponse à Nicolas Sarkozy, partageait des préoccupations similaires : "Je déplore également que durant le quinquennat qui s'achève, il a été procédé à des nominations partisanes, parfois issues des cercles les plus proches, les plus intimes, voire des obligés. Ce n'est pas ma conception."
Mais ces promesses sont souvent oubliées une fois le pouvoir en mains. Jacques Chirac lui-même a procédé à des nominations controversées à l'approche de la présidentielle, comme celle de Jean-Louis Debré à la tête du Conseil constitutionnel. Ce choix a été perçu comme une provocation par Nicolas Sarkozy, créant une dynamique de tensions au sein des institutions, selon Michaël Moreau, journaliste et auteur de "Sa majesté nomme".
Un pouvoir présidentiel très encadré… en théorie
Quant à François Hollande, il a nommé son ancien ministre Laurent Fabius au Conseil constitutionnel. Interrogé, l'ex-président a défendu ses choix par leur qualité et leur impartialité. En ce qui concerne la légitimité de ses nominations, la Constitution énonce que "le président nomme aux emplois civils et militaires de l'État." Mais cette formulation vague lui permet de s'octroyer un large éventail d'options, note Anne-Charlène Bezzina, constitutionnaliste : "La pratique de cet article a été dévoyée, passant de 60 à 70 postes à environ quatre cents aujourd'hui."
Bien qu'une forme de contrôle ait été instaurée par Nicolas Sarkozy en 2008, la réalité demeure qu'une nomination ne peut être rejetée qu'avec une majorité de trois cinquièmes des parlementaires. Ce mécanisme n'a cependant jamais été utilisé. Récemment, des événements ont également suscité des interrogations sur l'intention derrière certaines nominations anticipées. Par exemple, François Villeroy de Galhau a quitté son poste à la Banque de France un an et demi avant la fin de son mandat, invoquant des raisons personnelles. A contrario, Pierre Moscovici a confié à L'Œil du 20h sa volonté de nommer son successeur sous Emmanuel Macron, souhaitant écarter toute influence politique potentiellement illibérale.
Face aux accusations de verrouillage, l'Élysée a tenu à clarifier sa position : "Le président ne fait pas ses nominations en fonction des hypothétiques résultats aux futures élections." Selon leurs dires, ces choix reposent sur des critères de compétence et de légitimité. Au cœur de cette dynamique, la question des nominations reste donc un enjeu épineux, à la croisée des valeurs républicaines et des calculs politiques.







