Loin des clichés habituels, Frédéric Martel, journaliste et chercheur, se penche sur la notion d'« Occident » au pluriel, écrivant après huit années d'enquête à travers 52 pays, de Budapest à Hong Kong. Son ouvrage éveille une réflexion profonde sur les luttes idéologiques invisibles qui se déroulent à l'échelle mondiale.
Martel invite à reconsidérer notre compréhension de l'Occident, souvent perçu comme une entité homogène. À l'interrogation sur la possibilité d'une convergence entre l'Amérique et l'Europe — les soi-disant deux poumons de l'Occident —, il répond en soulignant que l'Occident, tel que nous le comprenons, n'existe guère en tant qu'unité concrète. Au contraire, il devient une construction mentale, perçue comme une menace par ses détracteurs.
Les critiques énoncées par des leaders tels que les propagandistes russes ou les penseurs islamistes, qui caractérisent l'Occident comme une force oppressive, confirment l'importance de cette notion, malgré son caractère évanescent. Comme l'explique Martel, cet Occident est une métaphore, une illusion avec une riche histoire mais sans entité politique claire.
L'addition d'une nouvelle critique, celle de l'« Occident + », représentant des figures comme Donald Trump, marque un tournant. Cette critique, couplée à l'anti-occidentalisme de certains régimes, révèle un parallèle tragique — les deux fronts unis par une haine commune envers la modernité et la démocratie.
À travers son livre, Martel décrypte, à l'image d’Edward Saïd dans son « Orientalism », les préjugés qui alimentent la désaffection pour l'Occident. Mais là où Saïd se concentrait sur le regard occidental sur l'Orient, Martel cherche à déconstruire le regard que le monde externe porte sur l'Occident, tout en plaidant pour une défense de ses valeurs démocratiques.
Il évoque sa méthode d'enquête, prenant le temps de rencontrer et comprendre ceux qui critiquent l'Occident. Son approche, marquée par une volonté d'écoute, lui permet de dresser un constat alarmant : cette guerre idéologique n'est pas que théorique, mais bien présente sur le terrain.
Les défis auxquels l'Occident fait face — de la Russie aux mouvements islamistes — ne doivent pas être sous-estimés. Martel souligne que la critique de nos défauts, tant en France qu'ailleurs, ne doit pas aboutir à justifier une idéologie qui renie les valeurs universelles des droits de l'homme et de la démocratie.
En conclusion, l'œuvre de Martel est une invitation à repenser non seulement notre position en tant qu'Occident aux yeux du monde, mais aussi l'importance de défendre ces valeurs dans un contexte global de tensions croissantes. Il réaffirme la nécessité de rassembler les voix démocratiques face à une opposition grandissante.







