Les deux plus hautes instances judiciaires françaises ont lancé un appel à la réflexion, jeudi 25 juin, sur « la mécanique du bouc émissaire » à propos de l'affaire Lyhanna, qui met en lumière une double crise au sein du système de protection de l'enfance.
« Les carences dans notre système de protection de l’enfance sont structurelles et enracinées. Blâmer tel ou tel juge ne doit pas occulter le défi que la société civile nous présente », ont déclaré Christophe Soulard et Rémy Heitz, respectivement premier président et procureur général près la Cour de cassation, dans un communiqué.
La tragique histoire de Lyhanna, âgée de 11 ans, retrouvée morte le 4 juin dans le Gers après sa disparition, a suscité une onde de choc. Jérôme Barella, le principal suspect, avait bénéficié d'un manque d’interventions judiciaires malgré plusieurs signalements pour des abus sexuels sur de jeunes victimes.
La coexistence des responsabilités
Lundi dernier, suite à un rapport préliminaire de l’Inspection générale de la justice et de la gendarmerie, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a annoncé des sanctions à l'encontre de la substitut du parquet d’Auch qui avait négligé des plaintes concernant Barella. Actuellement, cette magistrate fait l’objet d’une enquête administrative en vue d’une possible saisine du Conseil supérieur de la magistrature.
Pour Soulard et Heitz, « les responsabilités individuelles et collectives doivent être distinguées sans toutefois s'opposer ». Ils ajoutent : « La crise actuelle de la protection de l’enfance ne se résume pas simplement à des questions de budget, mais implique une remise en question plus profonde ».
Repenser nos pratiques
Les magistrats conviennent que « la justice a connu des investissements significatifs dans un contexte de ressources limitées », cependant, ils soulignent que « les moyens financiers ne constituent pas la seule panacée ». Ils encouragent à « interroger nos pratiques, nos habitudes et ce que la société attend réellement de nous en matière de protection de l’enfance ».
Alors que, selon la CIIVISE, environ 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année en France, ils appellent à l'établissement d'un plan d'action ambitieux pour la protection de l’enfance, impliquant une mobilisation sur le long terme.







