Le week-end passé, Joumana a visité Nabatiyé, la deuxième ville chiite du sud du Liban. Elle y est allée avec son frère, pour voir les dégâts. Leur maison familiale, bâtie dans les années 1950, a été gravement endommagée par l'explosion d'une bombe visant un immeuble voisin. "On m'avait dit qu'elle avait été touchée", raconte-t-elle en examinant un volet arraché. Dans les zones les plus vulnérables, les vitres et les portes sont réduites en mille morceaux. L'intérieur est noyé sous la poussière. "Je ne m'attarde pas ici, c'est trop pénible", confie-t-elle en ramassant quelques vêtements d'été. Dans son quartier, l'eau et l'électricité sont absentes.
Comme elle, de nombreux libanais viennent mesurer l'ampleur des destructions après plus de six semaines de conflits. D'autres, comme une femme divorcée d'une cinquantaine d'années, veillent à sauver ce qui peut l'être, mais sans l'once d'un espoir de retour durable. "Je me sens vide", dit-elle. Et si la guerre cessait, reviendrait-elle ? "Je ne sais pas", avoue-t-elle, accablée par l'incertitude d'un avenir compromis par l'occupation potentielle israélienne ou des frappes aériennes incessantes.
Des bombardements dévastateurs
A Nabatiyé, une ville qui abrite environ 75 000 habitants, le témoignage d'un responsable municipal est accablant : "Les frappes ont été moins nombreuses que lors des derniers conflits, mais elles ont fait plus de ravages". Au moins une vingtaine de décès sont à déplorer. La récente trêve de dix jours, entrée en vigueur le 16 avril, a offert une accalmie fragile, sans apporter de véritable retour à la normalité.
Plus au sud, à Tyr, les bombardements se poursuivent. Des violations de la trêve sont signalées, laissant des habitants sur le qui-vive. Sur la place centrale, un marchand de fruits et légumes évoque un "calme avant la tempête", tout en déblayant les débris des attaques précédentes.
En allant vers les hauteurs de Nabatiyé, le docteur Mohammed Farran montre deux maisons complètement rasées, témoignant de frappes ciblées qui ont causé la mort de familles entières, y compris des enfants. "Comment expliquer de telles pertes civiles à l'heure des guerres "intelligentes" ?", s'interroge-t-il, n'ayant jamais quitté sa ville.
Sœur Rose, une religieuse de l’École des sœurs antonines, se déplace pour constater les destructions. Cet établissement, qui accueillait 1 200 élèves, est fermé en raison des violences. "Je ne reconnais plus ma ville. J’ai peur d’y retourner, tellement j’appréhende de découvrir d'autres horreurs." Sa voix résonne comme un écho tragique des souhaits d'une population fatiguée par des années de conflits.







