Ce dimanche, les Péruviens ont débuté leur vote pour élire leur neuvième président en dix ans, dans un climat tendu par une insécurité accrue et un scepticisme profond envers la classe politique. Selon des sondages récents, aucun des 35 candidats ne parviendrait à dépasser 15 % dans les intentions de vote, ce qui rend très probable un second tour le 7 juin.
Avec plus de 27 millions d'électeurs appelés à voter, ce scrutin obligatoire marquera le retour d’un Parlement bicaméral pour la première fois depuis 1990, une notion complexe illustrée par un bulletin de vote de 44 cm.
Le climat politique au Pérou, marqué par huit présidents en six ans et de nombreux scandales de corruption, nourrit un profond discrédit sur les dirigeants. Dans les rues de Lima, le pessimisme est omniprésent, reflet d'un payement au prix fort de la confiance perdue envers le système. "Je ne voterai pour personne", avoue Maria Fernandez, une commerçante de 56 ans. "Nous avons été dirigés par des personnes corrompues et sans scrupules".
D'après la radio RPP, 252 candidats ont déjà fait l'objet de condamnations pénales, renforçant la défiance du peuple. Le Latinobarometro révèle, en effet, que plus de 90 % des Péruviens manquent de confiance dans leur gouvernement et leur parlement.
Les préoccupations des électeurs gravitent principalement autour de l'insécurité. L'étudiant Francisco Garcia, âgé de 18 ans, met en lumière ce sujet brûlant : "C'est le problème central, avec des niveaux alarmants de violences et de meurtres".
La violence a flambé ces dernières années, les homicides ayant plus que doublé depuis 2018 pour s'établir à environ 2.600 par an. La montée de groupes criminels, souvent liés au Venezuela, accentue cette situation. Les jeunes, en grande partie actifs dans l'économie informelle, se retrouvent souvent embrigadés par ces organisations criminelles, comme l'explique un rapport de la police.
Le secteur des transports public est particulièrement vulnérable, avec 75 chauffeurs tués en 2025, principalement à Lima. L'extorsion ne ménage aucune cible, touchant aussi bien les écoles privées que les commerces locaux.
Face à cette situation, les candidats n'hésitent pas à brandir des solutions radicales, de la construction de prisons dans des zones reculées à la réintroduction de la peine de mort. Cependant, Francisco Garcia qualifie ces propositions de "populistes et peu cohérentes".
Keiko Fujimori, présentée comme la candidate de droite qui se représente pour la quatrième fois, promet d'expulser les migrants sans papiers et de favoriser les investissements américains. Fille de l'ancien président Alberto Fujimori, elle se positionne sur l'héritage de son père, bien que celui-ci soit entaché de corruption.
Pour le sociologue David Sulmont, la déconnexion entre l'offre politique et les attentes citoyennes est alarmante. La campagne actuelle, jugée superficielle, est davantage axée sur des émotions que sur des programmes concrets, comme le souligne l'expert en opinion publique Luis Benavente, pointant un climat général de "désenchantement".







