L'enlèvement et le meurtre tragique de la jeune Lyhanna dans le Gers, impliquant le suspect Jérôme Barella déjà signalé pour des actes de viol sur mineurs, ramène à la surface une problématique cruciale : la préparation des forces de sécurité face aux violences sexuelles sur des enfants. Ce dossier complexe soulève une question récurrente : les policiers et gendarmes sont-ils adéquatement formés pour recueillir la parole des enfants victimes ? Selon la sociologue Océane Perona, la réponse est loin d'être simple et dépasse le cadre d'un déficit de formation.
Depuis plusieurs décennies, les signalements de violences sexuelles ont connu une hausse, tandis que les effectifs des forces de police et de gendarmerie n'ont pas progressé en parallèle. Dans une interview accordée à La Dépêche, Océane Perona souligne cette inadéquation et alerte sur le fait que les services d'enquête doivent composer avec des moyens limités et une charge de travail croissante.
Les défis de l'audition des enfants victimes
Auditionner des enfants victimes est une compétence spécialisée. Les enquêteurs des brigades de protection de la famille ou des brigades des mineurs reçoivent une formation spécifique, bien que tous les policiers ne se sentent pas à l'aise avec cette tâche. "La formation repose largement sur le compagnonnage", explique Perona, précisant que les nouveaux arrivants apprennent aux côtés d'enquêteurs expérimentés avant de mener leurs propres auditions.
Des avancées sont également notables, comme l'instauration des salles "Mélanie" conçues pour recueillir les témoignages dans des environnements adaptés, évitant ainsi aux enfants de répéter leur récit à maintes reprises. Ces changements témoignent d'une évolution des pratiques police, en particulier dans le cadre des violences sexuelles et conjugales. "C'est un des domaines où la police évolue rapidement", note la sociologue, mettant en avant une collaboration accrue avec des spécialistes externes comme les psychologues et les travailleurs sociaux.
Cependant, Perona rappelle que les problèmes rencontrés relèvent principalement d'un manque de ressources plutôt que d'un manque de compétences techniques. Les policiers se forment principalement via des pairs, et les stages ponctuels ne couvrent qu'une portion de l'apprentissage nécessaire.
Une évolution influencée par le débat public
La complexité des violences sexuelles sur mineurs ajoute une couche de difficulté aux enquêtes. Les enfants n'ont pas toujours les mots pour exprimer ce qu'ils ont subi, et les révélations peuvent survenir bien des années après les faits. "Imposer le silence à un enfant est souvent plus facile qu'à un adulte", souligne Océane Perona.
Afin d'améliorer la prise en charge des victimes mineures, elle insiste sur la nécessité de conjuguer formation, augmentation des effectifs et amélioration des conditions de travail des enquêteurs spécialisés. "Ce n'est pas qu'une question de formation. Le débat public joue un rôle clé dans l'évolution des pratiques".







