Le Syndicat des travailleureuses du jeu vidéo (STJV) a lancé un appel à la grève national, avec des rassemblements remarqués devant les studios Quantic Dream à Paris et Midgar à Montpellier, le jeudi 25 juin. Ces actions reflètent le mécontentement croissant des employés face à la situation précaire de leur industrie.
Le rassemblement parisien a eu lieu devant le siège de Quantic Dream, qui vient d'annoncer un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) touchant 115 postes, dont 20 reclassements possibles, soit un tiers des effectifs du site.
Plusieurs dizaines de salariés ont bravé la chaleur écrasante pour participer à ce piquet de grève. À Montpellier, les employés de Midgar, studio sous la direction de Nacon, en redressement judiciaire, ont également exprimé leur solidarité.
Le meilleur moment pour se mobiliser c’était hier
Théo, membre du STJV chez Quantic Dream, a commencé par évoquer les détails du PSE, qui pourrait être rejeté par l'inspection du travail si aucune modification n'est apportée. La direction a tenté de justifier ses licenciements en classifiant les postes selon plus de 100 catégories professionnelles, lui permettant ainsi de cibler des secteurs entiers de production.
Un élu de DontNod, un studio voisin ayant subi un PSE en 2024, a ajouté : "Ils peuvent perdre des mois à réécrire le plan ou choisir de négocier un accord majoritaire. Ce dernier nécessitera des discussions avec nous, le STJV". Il souligne l'importance de mobiliser les employés : "Avec une semaine de grève reconductible, nous avons réduit le nombre de licenciements, évité des départs contraints, obtenu des indemnités et des aides à la formation et au déménagement".
Antoine, du STJV Spiders, a encouragé ses collègues de Quantic Dream. Son studio a été liquidé récemment, et il a partagé son expérience en avertissant : "Il est tentant d'attendre d'être touché pour agir, mais c'est une erreur". Il se rappelle que les premières mobilisations chez Spiders étaient destinées à défendre le télétravail et les conditions de travail, mais que la dégradation de ces dernières a conduit à l'échec commercial et à la fermeture de l'entreprise.
"Défendez votre travail. Le meilleur moment pour se mobiliser c’était hier. Le deuxième c’est aujourd'hui, faites passer le message à tous vos collègues", a martelé Antoine.
Mobiliser aussi les politiques et les joueurs
Les retours des studios voisins d’Ubisoft, Gameloft et Amplitude montrent que les travailleurs du secteur souffrent tous des mêmes maux : des directions qui restent sourdes à leurs besoins, refusant d'assumer leurs erreurs stratégiques, ne reculant devant rien pour réduire les effectifs, avec l'IA en toile de fond.
Pourtant, les bénéfices sont là : l'industrie est en pleine croissance, avec Netease, propriétaire de Quantic Dream, ayant affiché un bénéfice net d'un milliard de dollars en 2025. Les dissonances au sein de l'entreprise font grincer des dents, alors qu'un salarié déclare : "C'est nous qui mettons notre travail en jeu pour survivre".
Face à cette réalité, le STJV a décidé d'organiser le "Summer Grève Fest", un jeu de mots sur le Summer Game Fest, l'événement annuel où les éditeurs dévoilent leurs sorties. Les nouvelles journées de grève seront annoncées bientôt. Selon Antoine, "Nous voulons mettre la pression sur les dirigeants qui ont compromis l'industrie et sur les politiques, qui continuent à donner des millions en aides à des sociétés qui licencient". Il signale qu'une ancienne dirigeante de Nacon tente toujours de récupérer 1,5 million d'euros de crédit d'impôt pour un studio récemment liquidé.
Enfin, le STJV espère rallier les joueurs à sa cause : "Quand nos dirigeants n’ont pas de vision à long terme, se détournent de nos avis, et que nos conditions de travail se détériorent dû à des jours de travail de 12 heures, cela affecte aussi la qualité des jeux", a-t-il conclu.







