Pendant que le débat politique se durcit autour de la possibilité de taxer les "superprofits" des majors pétrolières, TotalEnergies prend position. Le groupe avertit qu'une telle mesure pourrait nuire à sa capacité à maintenir son système de plafonnement des prix des carburants dans ses stations-service françaises.
Patrick Pouyanné, le PDG de TotalEnergies, a exprimé ses réserves lors d'une récente interview avec Sud Ouest et La République des Pyrénées. Il a déclaré: "Si une surtaxe sur nos raffineries s'applique, qui d'ailleurs enregistrent souvent des pertes, il nous sera impossible de maintenir le plafonnement des prix dans nos stations en France." Sa déclaration survient alors que certains élus de gauche l'accusent de tirer profit de la situation de crise actuelle.
Pouyanné a aussi précisé qu'il n'y a aucune honte à tirer profit dans un secteur où TotalEnergies excelle, affirmant ainsi: "Nous ne nous excusons pas d'être performants." Les bénéfices exceptionnels du groupe, émanant de l'envolée des prix des hydrocarbures en lien avec les conflits au Moyen-Orient, font renaître le débat sur la nécessité d'une fiscalité adaptée, comme l'ont suggéré de nombreuses voix à gauche.
Récemment, le groupe a confirmé qu'il maintiendrait les plafonnements actuels de 1,99 euro/L pour l'essence et 2,25 euros/L pour le gazole, en vigueur depuis le 8 avril, tant que la crise au Moyen-Orient perdure. Cependant, ces mesures ont coûté entre 400 et 500 millions de dollars cette année, renforçant les critiques de ceux qui voient une injustice dans le système fiscal actuel.
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a en outre sollicité un effort supplémentaire de la part de TotalEnergies, appelant à un plafonnement plus "généreux" des prix à la pompe lors des questions au gouvernement. "Doit-on demander à Total d'en faire davantage? Oui", a-t-il affirmé, tout en rejetant les accusations de désinformation autour de l'entreprise. Lecornu a souligné que TotalEnergies contribue déjà significativement au trésor public, payant environ 2 milliards d'euros d'impôts en France.
François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, a également pris position sur le sujet, plaidant pour une taxation ciblée et temporaire des "superprofits" des entreprises énergétiques.
TotalEnergies a récemment annoncé un bénéfice impressionnant de 5,8 milliards de dollars pour le premier trimestre, représentant une hausse de 51% par rapport à l'année passée. Se basant sur ces résultats, le PDG a déclaré qu'il est fort probable que le groupe soit soumis à cette surtaxe en 2026, en raison de ses marges élevées.
Pouyanné a également tenu à clarifier des commentaires antérieurs sur une éventuelle pénurie d'énergie, affirmant : "Je n’ai jamais dit qu'il y aurait pénurie en France. Nous serons en mesure de nous approvisionner, mais cela aura un coût. Les carburants devront être acheminés sous une pression concurrentielle, ce qui entraînera des coûts plus élevés." En effet, il a observé un recul de 15% de la consommation de carburants en France en avril dernier, un phénomène qui pourrait également sonner une cloche d'alerte pour les mois à venir.







