Dernière ligne droite pour la commission d’enquête sur la neutralité de l’audiovisuel public. Après avoir organisé une soixantaine d’auditions depuis fin novembre, les parlementaires s’apprêtent à recevoir entre le 31 mars et le 8 avril les dernières personnalités convoquées pour éclairer leurs travaux. « Après avoir entendu les acteurs en place, l’objectif est de pouvoir auditionner celles et ceux qui ont eu des responsabilités passées dans l’audiovisuel public », souligne le président du groupe de travail, le député Jérémie Patrier-Leitus du parti Horizons.
Le programme s’annonce chargé. Dès 14 heures le 31 mars, lui et ses collègues accueilleront les anciens directeurs de l’information de France Télévisions et Radio France, de l'illustre Arlette Chabot à Thierry Thuillier, en passant par Laurent Guimier et Jean-Philippe Baille. David Pujadas, ex-présentateur vedette de France 2, a également été convoqué mais en raison d'une occupation sur LCI, il devra décliner cette audition.
Cette rencontre se poursuivra par une table ronde à 16h30 avec des figures comme Patrick Sébastien - connu pour sa critique acerbe de son ancien employeur - et Jacques Cardoze, ancien présentateur de France 2. Michel Drucker, une légende de la télévision publique, sera également présent.
Nagui entendu le 1er avril
Le lendemain, le rapporteur Charles Alloncle se lancera dans un débat avec Nagui, animateur et producteur très influent. Bien qu’il ait eu des échanges tendus avec le député sur les réseaux sociaux, ce dernier sera aussi amené à interroger les dirigeants actuels des principales chaînes privées, dont Rodolphe Belmer de TF1 et Maxime Saada de Canal +. L’objectif est d’analyser leur rapport avec France Télévisions et Radio France. « L’idée est aussi d’éclairer les conséquences d’une éventuelle privatisation, à laquelle je m’oppose fermement », déclare Jérémie Patrier-Leitus.
Le 2 avril, les auditions se poursuivront avec d’anciens PDG de France Télévisions, tels que Patrick de Carolis et Marc Tessier, suivis par les actionnaires de Mediawan, Xavier Niel et Matthieu Pigasse. « Je demanderai à Xavier Niel les raisons de son absence à une précédente audition », avertit le président de la commission d'enquête.
Sur un autre registre, l’absence des anciens présidents de la République a été confirmée. Nicolas Sarkozy, dont l'actualité judiciaire est chargée - en raison d'une affaire en cours concernant le financement de sa campagne de 2007 - a justifié son refus. Jérémie Patrier-Leitus admet que c'est « un motif légitime », tout en précisant que l’ex-chef d'État pourrait fournir des éléments par écrit.
François Hollande a, pour sa part, décliné son invitation pour des « raisons constitutionnelles », invoquant l'article 67 de la Constitution qui protège les présidents en exercice de témoigner sur leurs actions. Ironiquement, en mars 2023, il avait accepté de répondre à une commission sur la souveraineté énergétique de la France.
Quid des éventuels cas de parjure ?
Les auditions se concluront le 8 avril avec la redite de Delphine Ernotte, actuelle PDG de France Télévisions, qui avait déjà été entendue en décembre. Ce sera suivi de la phase de rédaction du rapport final confiée à Charles Alloncle, dont la publication est prévue pour le 23 ou 24 avril. Ce rapport devra obtenir l'approbation des membres du groupe de travail, ce qui n’est pas garanti.
D’ici là, Jérémie Patrier-Leitus devra également décider s’il faut signaler à la justice d’éventuels cas de parjure. Dans son bureau, il examine les déclarations de Jean-Jacques Cordival, secrétaire général du Syndicat des personnels de la communication et de l’audiovisuel, qui a soutenu en février que Pierre-Antoine Capton, patron de Mediawan, aurait privatisé un restaurant parisien pour fêter la reconduction de Delphine Ernotte Cunci à la tête de France Télévisions, alors qu’il était en fait en train de célébrer son cinquantième anniversaire.
Une autre accusation émane de Rachida Dati, ministre de la Culture, qui a accusé lors de son audition des journalistes de « Complément d’enquête » de corruption de témoins. Ce que ceux-ci ont fermement dénoncé en apportant leur propre témoignage sous serment. Jérémie Patrier-Leitus révèle que des éléments recueillis tendent à corroborer la bonne foi des deux parties, mais il se réserve le droit de transmettre cette question à la justice pour éclaircissement.







