Les paysages ruraux de la Gironde semblent immuables, mais la réalité est bien différente. Les rangées de vignes, autrefois emblématiques, sont désormais dominées par des herbes folles et des graminées. Depuis trois ans, Laurent Todesco a cessé de planter ; il arrache. « En septembre, je ne vendangerai pour la première fois depuis des années », partage-t-il, adossé à sa table de cuisine. Les raisons de cette décision sont nombreuses et tragiques.
L’histoire de Laurent est celle d’un déclin progressif, débuté en 2019 lorsque le négoce a laissé des stocks non écoulés. Les problèmes financiers se sont rapidement accentués. En 2024, il a participé à une campagne d’arrachage de vignes lancée par le Conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux (CIVB) pour apurer sa situation. En raison des tarifs d’achat inférieurs au coût de production, les dettes se sont accumulées : il doit aujourd'hui 580 000 euros.
« C'est comme une taille à mort », déclare-t-il alors qu'il observe ses vignes desséchées, au milieu de champs envahis par les herbes. Les banques se montrent réticentes à prêter, malgré les soutiens promis. « J’avais envisagé d’apporter ma récolte à la cave coopérative, mais cela n’a pas fonctionné. Je suis toujours plongé dans le rouge, sans réelles solutions », confie-t-il.
« On est en train de vivre ce qu’a connu le bassin minier dans le Nord », ajoute-t-il. Les discours optimistes semblent loin de la réalité. Son voisin, lui aussi viticulteur, est plongé dans des incertitudes similaires.
Les pouvoirs publics ont mis en place des aides à l’arrachage pour réduire la production dans un contexte de consommation en forte baisse. Près de 20 000 hectares de vignes ont été arrachés ces dernières années, et des plans sont en cours pour en éliminer encore davantage. Cette restructuration pourrait faire passer le vignoble de 125 000 à 80 000 hectares.
Un avenir incertain
Ce climat d'incertitude pèse lourdement sur les générations futures de viticulteurs. Daniel, le père de Laurent, 80 ans, vient l'aider, mais il déplore la situation. « À mon époque, jamais je n'aurais imaginé cela. Et maintenant, qu'allons-nous laisser aux générations suivantes ? » La désillusion est palpable.
« La vigne est une histoire de famille, de traditions. Mais aujourd’hui, tout semble s’effondrer », conclut Laurent, envisageant de se tourner vers d'autres cultures, comme les oliviers, bien que les banques ne lui offrent pas de soutien.







