Sous des températures records, environ deux tiers des Français font face à une vigilance rouge canicule qui touche une grande partie de l'ouest du pays. La demande de climatiseurs relance le débat sur l'adaptation au changement climatique.
Mardi a été désigné comme la "journée la plus chaude jamais enregistrée en France", révélant une température moyenne aiguillée à 29,9°C selon Météo-France. Les relevés de températures maximales dans 30 stations de référence indiquent un nouveau record à 38,2°C, dépassant le précédent record de 37,7°C enregistré en août 2003.
"On a calfeutré les fenêtres, mis des ventilateurs au plafond, ça fonctionne bien mais sans clim', c'est compliqué", exprime Manon Langalois, 34 ans, animatrice petite enfance à Bordeaux, où les températures ont franchi les 42°C mardi.
Avec 58 départements en vigilance rouge, 44 millions de citoyens sont concernés, selon des estimations de l'AFP.
Les infrastructures sont mises à rude épreuve : dans le Finistère, jusqu'à 120.000 foyers ont été privés d'électricité à cause d'un incident sur un transformateur près de Quimper, tandis qu'un réacteur de la centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne) est hors service à cause du réchauffement des eaux de la Garonne, essentielles à son refroidissement.
"Tous les moteurs sont en surchauffe", remarque Thibault Roblot, boulanger à Rennes, où les contraintes architecturales rendent l'installation d'un climatiseur difficile.
- Un bidonville avec un seul point d'eau -
Des prévisions indiquent des températures oscillant entre 39 et 43°C sur la moitié ouest du pays mercredi. Une récente étude scientifique a confirmé que la canicule est "fortement aggravée par le changement climatique d'origine humaine", et sans celui-ci, les températures actuelles seraient inférieures de 2 à 4°C.
Une grande masse d'air chaud d'origine africaine s'est installée sur l'Europe de l'Ouest. Les hautes pressions en altitude amplifient cette chaleur, selon Sébastien Léas, prévisionniste de Météo-France.
Ce phénomène est comparable à la canicule de 2003, qui a coûté la vie à 15.000 personnes en France. En 2025, environ 5.700 décès dus à la chaleur ont été enregistrés, dont les trois quarts avaient plus de 75 ans, selon Santé publique France.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a rapporté qu'une quarantaine de noyades ont eu lieu depuis le 18 juin, touchant surtout des jeunes. Mardi soir à Bègles (Gironde), un enfant rom de six ans s'est noyé dans un petit lac, alors que des membres de cette communauté souffrent d'un accès difficile à l'eau dans un bidonville bordelais.
Accusé de lenteur face à une première vague de chaleur en mai, le gouvernement a intensifié sa mobilisation au sein du système de santé, anticipant un afflux de patients lorsque les organismes vulnérables céderont sous la chaleur.
Actuellement, la situation est "normale" dans les hôpitaux, selon la ministre de la Santé. Cependant, patients et soignants souffrent de la chaleur dans des bâtiments mal isolés, non climatisés, comme l'indiquent les professionnels du secteur.
Le monde du travail s'adapte, avec des horaires modifiés, des chantiers suspendus l'après-midi et une pénibilité accrue des tâches.
- "32°C dans les classes" -
Le ministre du Travail, qui reçoit mercredi après-midi des représentants syndicaux et patronaux, a rapporté que l'implémentation par les entreprises d'un plan d'adaptation aux fortes chaleurs a été sujette à "1.400 contrôles en moins d'un mois".
Plus de 8.000 établissements scolaires (soit 13% des 60.000) sont touchés, avec environ 1.800 fermés, d'après le gouvernement. Certains oraux du baccalauréat ont été reportés pour 10.000 candidats, malgré le maintien prévu des épreuves du brevet vendredi matin.
"Je n’aime pas la clim', mais quand on constate qu'elle est omniprésente sauf pour eux, cela en dit long : les enfants ne comptent pas actuellement", râle une enseignante d'une école ancienne de Bordeaux, où il fait 32°C dans sa classe depuis une semaine.
Mardi, le ministre de l'Économie, Roland Lescure, a demandé à la Caisse des dépôts et à EDF de "réfléchir à des solutions innovantes". Sa collègue de la Transition écologique, Monique Barbut, a parlé d'"un mur d'investissements" nécessaire pour avancer.
En attendant, la demande pour climatiseurs et ventilateurs explose : le groupe Carrefour a rapporté avoir vendu, lundi, "mille fois plus" d'appareils que d'habitude.
"Nous n'avons d'autre solution", confie Alain Bichot, 34 ans, avec un climatiseur à la main, en quittant un magasin près de Dijon. Des volets en bois ? "On les a déjà. Une meilleure isolation ? Notre propriétaire dit que c'est trop coûteux."
Cette ruée suscite des avis divergents parmi les responsables politiques. Le RN suggère un "plan massif", tandis que les Écologistes doutent de l'existence d'une "solution miracle". En copropriété, la question rend les assemblées générales bouillantes.
"J'étais longtemps contre, mais nous avons récemment voté en AG pour permettre des climatiseurs avec des règles précises. Sinon, chacun met des appareils mobiles avec les fenêtres ouvertes, ce qui consomme et pollue bien davantage", souligne David, balayant d’un revers de main la situation à Bordeaux.
D'après une étude du collectif Rénovons et du centre de recherche TIPEE, la rénovation énergétique peut réduire la température intérieure de 10 degrés comparé à l'extérieur.







