Les inquiétudes croissent parmi les apiculteurs du Finistère concernant l'année 2026, bientôt marquée par une invasion potentielle de frelons asiatiques. À ce stade de mai, il est presque trop tard pour piéger les reines fondatrices, qui sont déjà installées dans leurs nids, en train de pondre et de se multiplier. Reconnaissables par leurs pattes jaunes, ces frelons se nourrissent principalement d'abeilles domestiques, vitales pour la production de miel. Le Groupement Départemental Sanitaire Apicole du Finistère recommande la suppression des pièges non sélectifs, afin de protéger des espèces bénéfiques comme les frelons européens.
Introduit accidentellement en France en 2004, le frelon asiatique a connu une propagation inquiétante. Selon une recherche menée par le Muséum national d'Histoire naturelle, un seul nid peut consommer plus de 11 kilogrammes d'insectes entre mars et octobre, dont environ 38% d'abeilles domestiques, soulignant ainsi le défi auquel sont confrontés les apiculteurs.
Une année 2026 catastrophique
Les craintes d'une explosion démographique de frelons asiatiques sont anticipées pour cette saison. Denis Jaffré, apiculteur à Locmélar, décrit son expérience : "J'ai capturé plus de 330 reines cette année, alors que la normale est autour de 160 à 180. Cela laisse à penser que nous allons faire face à une invasion considérable." Il s'inquiète des conséquences d'un printemps particulièrement doux, qui semble favoriser la prolifération de ces nuisibles bien plus tôt dans l'année.
La météo clémente a favorisé le développement du frelon asiatique
Cette tendance est corroborée par le Groupement Départemental Sanitaire Apicole du Finistère. Philippe Gomez, son président, note : "Cette année a présenté des conditions climatiques exceptionnelles, avec un mois de mars particulièrement favorable et un frais retour en avril, ce qui complique nos efforts." Dans le Finistère, un plan de lutte a été mis en place dans 11 communes, et en 2025, plus de 8,270 nids ont été détruits.
Les projections pour 2026 indiquent une capture accrue des reines, dépassant possiblement les 2000 à Clohars-Fouesnant, alors que l'année précédente n'en avait compté que 1900.
Une raquette à frelon asiatique ?
Pour Denis Jaffré, la recherche de solutions est cruciale : "Après avoir perdu une cinquantaine de ruches à cause de ces frelons," il a développé une entreprise spécialisée dans la lutte contre ce nuisible, mais se trouve dans une impasse. Son piège primé au concours Lépine est actuellement en différend avec un fabricant allemand, menaçant la pérennité de son entreprise. Des apiculteurs du sud de la France expérimentent actuellement un prototype qui fonctionnerait comme une raquette à mouches, ciblant uniquement les frelons asiatiques.
Un plan de lutte national jugé insuffisant par les apiculteurs
Bien que des efforts soient déployés pour maîtriser cette espèce envahissante, certains apiculteurs, comme Philippe Gomez, soulignent que les mesures restent insuffisantes et que les responsables locaux manquent d'initiatives sur la destruction des nids. "Il faudrait que l'accompagnement soit renforcé et que l'indemnisation des apiculteurs touchés par ces frelons soit envisagée," propose-t-il. Le plan national doit désormais se décliner localement, mais l'absence de communication de la préfecture du Finistère soulève des interrogations quant à son efficacité.







