Avec l'automatisation des processus, les plateformes numériques et l'intelligence artificielle, l'avènement de la facturation électronique bouleverse le secteur de la comptabilité. Les professionnels ressentent cette transition comme une plongée dans l'inconnu.
Karine Noujaim, cheffe comptable au centre dramatique national d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), exprime son anxiété concernant l’intégration de la facturation électronique. « On nous demande de prendre en charge toute la structure, alors que nous découvrons nous-mêmes ces nouveaux outils », confie-t-elle. Dans les petites entreprises, le manque de direction informatique et d’équipes spécialisées transforme ce changement en défi isolant.
Le secteur culturel, souvent en retard sur les technologies, est particulièrement concerné. « Avant, nos logiciels de gestion financière n'étaient pas interconnectés », explique-t-elle. Les anciennes méthodes, comme la gestion manuelle des écritures comptables et la circulation des factures papier, compliquaient les processus. « Récemment, deux services ont même eu une dispute sur une facture égarée dans ce système ; j'ai dû leur rappeler que tout cela allait bientôt être obsolète », poursuit-elle.
Une organisation interne à revoir
Pour naviguer dans cette réforme, le théâtre a décidé de revoir son organisation interne. « Les équipes métiers doivent continuer à gérer leurs fournisseurs et factures, mais avec un système partagé. Cela permet une plus grande appropriation des outils par tous », détaille Noujaim.
Cependant, la mise en pratique a été brutalement rapide. Choisie en mars, la nouvelle solution a été mise en œuvre dès début mai. « Cela fait une semaine que nous utilisons ce nouvel outil, et je ne sais pas encore où aller lorsque je l'ouvre. C'est confus », souligne-t-elle.
Parallèlement, les experts-comptables Thierry Treps et Patrick Reis da Cunha sont en phase de test de plus de 150 plateformes possibles. « Nous devons évaluer chacune d'elles en termes d'ergonomie, de sécurité et de coût », rappellent-ils.
Une profession qui se transforme
Une fois le choix effectué, l'étape suivante consistera à paramétrer l'outil, former les équipes et accompagner les clients. La dimension conseil deviendra de plus en plus cruciale dans cette profession. « Notre rôle évolue vers l'analyse des chiffres pour mieux guider les dirigeants dans leurs décisions », souligne Treps.
Pascal Castanet, de son côté, a anticipé ces changements. « Nous sommes dématérialisés depuis 2010 et, depuis 2019, toutes nos factures sont scannées et traitées par une IA », explique cet expert-comptable, dirigeant de deux cabinets à Narbonne et Béziers. Ainsi, la charge de travail liée à la saisie et à la vérification comptable a considérablement diminué, passant de 80 % à 45 % de son activité actuelle.
Cependant, cette transition a un coût. Castanet note que son budget informatique a quadruplé au cours de la dernière décennie. « Nous dépensons aujourd'hui près de 5 000 euros par mois pour des logiciels, de l'intelligence artificielle et des outils de cybersécurité », précise-t-il. Ce virage a également entraîné des tensions au sein des équipes ; deux de ses douze émployés ont quitté l'entreprise pour refuser d'évoluer vers des rôles de conseil.







