Comment mieux protéger les jeunes des dangers des écrans et réduire leur dépendance aux réseaux sociaux ? À Perpignan, depuis la reprise des cours après les vacances de printemps, l'entrée au collège de la Garrigole se déroule désormais dans un ambiance apaisée, où les élèves doivent présenter deux éléments essentiels : leur carnet de correspondance et leur pochette anti-ondes dans laquelle ils rangent leur téléphone. "La pochette se ferme manuellement, et seul un système magnétique spéciale permet de l'ouvrir. Nous avons tenté de l'ouvrir sans succès," précise un surveillant, armé du dispositif.
Cette nouvelle mesure a été accueillie sans contestation par les élèves. "Nous avons bien préparé le terrain avec eux," indique le principal Thierry Courtès. "Un travail éducatif a été mené pour aborder la question des écrans, incluant une collaboration avec le photographe Jérôme Gence, qui a réalisé l'exposition Grandir dans la cour d'écran."
Vidéos Tik Tok dans les toilettes
Des études menées au sein de l'établissement révèlent que 30 % des élèves admettent utiliser leur téléphone pendant le temps scolaire, principalement pour vérifier l'heure. "Nous envisageons donc de remplacer les téléphones par des pendules dans les salles de classe," ajoute Thierry Courtès, qui estime qu'il faudrait environ 45 horloges. Bien que certains élèves regrettent les retards dus à cette nouvelle routine, la plupart comprennent l'importance de la mesure. "Des élèves envoyèrent des messages ou enregistrèrent des vidéos Tik Tok, même dans les toilettes," se souvient une élève de sixième. Une autre, Naélys, confie : "Une amie est accro à son téléphone et, désespérée par un cours, elle intimidait visiblement le professeur pour regarder ses photos."
Enseignants filmés à leur insu
Des incidents plus graves ont eu lieu ces dernières années, certains élèves filmant ou prenant en photo des enseignants sans leur consentement et publiant les vidéos sur les réseaux sociaux. "Cela est arrivé plusieurs fois. Même notre principal a été photographié et exposé sur les réseaux sociales…" s'exclament Charlyse et Ariana, membres du Conseil de la Vie Collégienne (CVC). "Il y a encore des élèves qui réussissent à dissimuler leur véritable téléphone, mais les sanctions se sont accentuées et des exclusions peuvent être prononcées en cas de récidive."
La conseillère principale d'éducation, Laëtitia Piasco, remarque que les téléphones sont quasiment absents de l'établissement depuis l'instauration de ces pochettes : "Nous constatons une diminution des incidents signalés, et cela nous soulage au niveau des préoccupations administratives. Je dois cependant maintenir un bon équilibre entre surveiller les entrées et la gestion des trottinettes électriques."
Un avant et un après à Port-Vendres
La principale du collège de Port-Vendres, Marie-Chantal Vié, témoigne de l'impact positif de ce système mis en place depuis septembre pour ses 300 élèves. "L'atmosphère est beaucoup plus sereine. Les élèves interagissent davantage, et il y a moins de tensions liées aux téléphones. Les familles et le corps enseignant soutiennent cette initiative !"
À Perpignan, le collège de la Garrigole a commandé 520 pochettes, une pour chaque élève, bien que la distribution ait été ajustée en fonction des besoins. "Au départ, nous avions pensé à un système de confiscation des téléphones, mais la gestion de plusieurs centaines d'appareils se serait révélée trop compliquée," souligne Thierry Courtès.
Ce dispositif, qui coûte au total 8.500 euros, a reçu un soutien financier de la part du département des Pyrénées-Orientales. Fin 2025, le conseil départemental des Hautes-Alpes a prévu de commander 50.000 pochettes pour l'ensemble de ses collégiens.







