Le Cloître de Saint-Guilhem-le-Désert brille à New-York, abrité au sein du Metropolitan Museum of Art, sous le nom de MET Cloisters. Un autre trésor, cette fois ci à Montpellier, nous plonge dans l’histoire d’un homme exceptionnel : Frédéric Peyson, le peintre sourd-muet.
Parmi les œuvres précieuses du Musée Fabre se trouve un tableau illustrant l’Abbé de l’Epée, pionnier de l’éducation pour les personnes sourdes. Ce tableau, réalisé par Peyson lui-même, capture l’essence d’une époque où l’enseignement pour les sourds-muets était balbutiant.
L'Abbé de l’Epée a révolutionné l'éducation des jeunes sourds en Paris, en fondant la première école gratuite destinée à ceux qui en avaient besoin, qui allait devenir l’Institut National de Jeunes Sourds de Paris en 1791. Sa méthode, qui allie langue des signes et signes pédagogiques, a permis de donner une réelle dignité à cette forme de communication.
Frederic Peyson a été éduqué dans cette école, où il a consacré dix ans de sa vie à apprendre, avant de poursuivre son chemin à l'École des Beaux-Arts. En 1834, il se distingue par une troisième place au célèbre Prix de Rome, un tremplin pour les artistes souhaitant approfondir leur formation en Italie.
Au-delà de son art, Peyson a toujours milité pour les droits des sourds. En 1852, il participe à la création de la première institution pour les sourds-muets à Montpellier, établissant ainsi des fondations solides pour l’éducation et l’émancipation des personnes sourdes.
La vie de Peyson n’a pas été sans embûches. En 1870, des tensions politiques entre la France et la Prusse ont culminé en un incident tragique. Alors qu'il se trouvait à Paris, il est arrêté, soupçonné à tort d'être un espion. Bien que sauvée par ses amis, cette expérience l’a profondément marqué. La guerre déclenchée par la rivalité entre les deux nations a engendré chez lui une anxiété palpable, comme en témoigne une lettre dans laquelle il évoque le tragique destin de l’Alsace et de la Lorraine.
Sa sœur a rapporté qu'il avait perdu son optimisme habituel, se sentant accablé par la vie. Frédéric Peyson décède le 13 janvier 1877, chez sa sœur, et repose au Cimetière Saint-Lazare.
La rue Frédéric Peyson, située près de la gare Saint-Roch à Montpellier, honore sa mémoire, reliant le boulevard Rabelais à la rue Frédéric Bazille. Notons que la langue des signes, après avoir été interdite au Congrès de Milan en 1880, a peu à peu été réhabilitée, culminant avec la loi Fabius de 1991 qui a favorisé l’éducation bilingue pour les sourds et la reconnaissance de la LSF comme langue à part entière en 2005. L’héritage de Peyson perdure ainsi, témoignant de la lutte et de la résilience des personnes sourdes.







