Ce jeudi 16 avril, Riss, le directeur de Charlie Hebdo, présentera à Montpellier son nouveau documentaire, résultat de son voyage à Jérusalem. Un voyage marquant visant à confronter ses convictions d’athée avec les représentants des trois grandes religions monothéistes. Blessé lors de l'attentat de 2015, il continue de questionner le rôle de la foi dans les sociétés modernes.
Dix ans après l’attentat, que cherchez-vous à révéler avec ce projet ?
C'est une quête plus large. J'estime qu'il est légitime questionner les religions, en mettant en lumière leurs contradictions. Après l’attentat, j'ai eu envie de comprendre les croyances des autres. Mon chemin m’a ainsi mené à Jérusalem, au cœur des trois religions, pour dialoguer avec des représentants juifs, chrétiens et musulmans.
Cette recherche vous a-t-elle apporté des réponses ?
(Rire) Je dirais que cela a renforcé ma conviction que la foi est une invention humaine, une construction intellectuelle qui ne peut plus régir les règles de nos sociétés modernes. Elle doit rester dans la sphère privée.
Votre documentaire aborde des thèmes controversés comme le blasphème et l'intolérance. Pourquoi ces sujets ?
J'ai sélectionné des thèmes qui interpellent et même dérangent, souvent difficiles à aborder pour les religieux. L'idée était de poser des questions aux représentants, puis de confronter leurs divergences de points de vue.
Les critiques de Charlie Hebdo : satire ou blasphème ?
Il est intéressant de noter que derrière un discours commun, des clivages se dessinent rapidement. Les critiques les plus acerbes d'une religion viennent souvent d'une autre. Ces avis, publiés dans Charlie Hebdo, seraient considérés comme du blasphème. Par exemple, dire que Jésus ou Mahomet ne sont pas des prophètes peut provoquer une vive réaction. Pourtant, d'autres croyants énoncent des opinions similaires sans réserve.
Quel est le rôle de l'humour dans ce débat ?
L'humour incarne une forme de liberté. Lorsque j’interroge sur le rire chez les prophètes, la réponse est souvent que cela doit être contrôlé. Ironiquement, cela va à l'encontre de l'esprit de Charlie Hebdo, qui prône un rire franc et libérateur.
Ce documentaire est-il également une aventure personnelle ?
Effectivement, au départ, je ne savais pas où j’allais. Je souhaitais garder une distance avec le journal pour explorer des questions qui me taraudent depuis longtemps. Cette démarche pouvait avoir lieu sans lien direct avec l’attentat.
L’esprit de Charlie Hebdo est toujours aussi pertinent, même cinquante ans après sa création ?
Quand je définis cet esprit, je parle de la nécessité de démystifier nos croyances, que ce soit en matière de religion ou d'autres dogmes. C'est central à notre mission, une part indélébile de Charlie Hebdo.
Est-il plus simple aujourd'hui d'être croyant que d’être athée ?
Je suis athée et je ne fais pas le moindre complexe à ce sujet. Exprimer ses convictions, quelles qu’elles soient, est essentiel. Les sondages montrent une décroissance de la croyance, laissant ensuite place à une minorité silencieuse.
Pourquoi avez-vous choisi de venir à Montpellier pour ce film ?
Arrivée à Montpellier, l’idée d'échanger et de débattre est précieuse. Je suis là pour répondre aux questions des spectateurs et susciter une réflexion commune.
Le documentaire projeté ce jeudi soir, salle Pétrarque
Le film de Riss, “Ainsi soient-ils, à la recherche de la foi”, sera projeté le 16 avril à 19h à la salle Pétrarque. Cette initiative est soutenue par l’Institut Maïmonide et l'association Montpelliéraine pour un Judaïsme Humaniste et Laïque. La projection sera suivie d’un débat. Entrée libre sur inscription, présentation d'une pièce d'identité requise. Contact : contact@amjhl.eu ou au 06 61 68 77 16.







