CRITIQUE. Adaptée du best-seller d’Éric Zemmour, la série-documentaire diffusée sur Canal+ s'illustre par son audace : elle narre cinq décennies de vie française en restant fidèle à la vérité, évitant d'enrober le récit dans le flou des commentaires moraux contemporains.
«Ce n'est pas un homme politique comme les autres», affirment souvent ses partisans. Depuis 2022, Éric Zemmour a troqué son rôle de chroniqueur pour celui de candidat politique, effaçant la figure de conteur au profit de celle de stratège. Pourtant, avec Le Suicide français, ce documentaire tiré de son ouvrage à succès, on retrouve le Zemmour d'avant la campagne, celui qui analysait l'actualité sur les plateaux télé.
Le véritable tour de force de cette série documentaire réside dans sa capacité à ne pas se limiter à l’illustration du livre, mais à raviver une voix emblématique. Un style reconnaissable, fait de fulgurances, de formules fortes, d'une nostalgie palpable, et d’archives de l’INA utilisées comme éléments de preuve, montrent une France où chaque anecdote est interprétée comme un reflet du destin national. Certains pourront contester ses thèses, mais il faut reconnaître à ce documentaire une qualité rare : il a quelque chose à dire.
La mort d'un géant comme point de départ
Le premier épisode démarre à un tournant marquant : la mort du général de Gaulle. Cette disparition symbolise la fin d'une France sûre de son histoire. Rapidement, les années 1970 se profilent, période de bouleversements : changement de l’autorité, montée du divorce, avortement, libération sexuelle, éducation rénovée et immigration structurant de nouveaux récits. La série souligne que ce n'est pas seulement la société qui évolue, mais aussi la perception de la transmission.
Ce procédé narratif, simple mais efficace, relie les réformes à des archives. Chaque archive est associée à une émotion, que ce soient des images d’actualités, des voix de ministres, ou des scènes de vie quotidienne. Cela révèle une France à la fois familière et disparue, illustrant un changement profond dans les modes de vie.
La « mondialisation heureuse »
Dans le deuxième épisode, les années 1980 et 1990 sont explorées, présentant une illusion de la « mondialisation heureuse». Cette période voit la gauche promettre protection et sécurité, mais se confronte rapidement à des fermetures d’usines et à une désindustrialisation désastreuse. Ce passage du documentaire révèle la réalité de cette époque : plus qu’un simple chiffre, chaque fermeture d’usine est une tragédie humaine. Cela dépeint des familles humiliées et des territoires abandonnés face à un idéal de prospérité.
L'adaptation de mon livre Le Suicide français en série documentaire est maintenant disponible sur PLANETE+
À travers un voyage, décennie par décennie, cette série répond à la question : comment en sommes-nous arrivés là ?📺 Regardez la série-documentaire :… pic.twitter.com/GBxnRDugSU
— Eric Zemmour (@ZemmourEric) June 24, 2026
Zemmour se révèle ici dans toute sa force, passant au-delà de la critique pour tisser des récits puissants. Il fait le lien entre des événements globaux et leurs répercussions locales : une usine fermée est bien plus qu'une simple statistique, elle est l'écho d’une vie brisée, d’une communauté dévastée par la perte de ses repères.
Le Grand remplacement
Le troisième épisode aborde des sujets sensibles comme l’immigration, l’insécurité et l’identité. Avec les quartiers en crise, l’émergence du Front national, et des débats sur le communautarisme, il offre une vision franche des défis contemporains. La série révèle comment la France a tenté d'accueillir de nouvelles populations sans réellement favoriser leur assimilation, entraînant une insécurité rampante et une montée des tensions communautaires.
Le dernier épisode s'attaque aux problématiques du XXIe siècle : le référendum de 2005, les attentats islamistes, les mouvements sociaux, etc. Cette France que l’on découvre n'est plus simplement fracturée, mais aussi méfiante et angoissée. Il est évident que les citoyens s'éloignent de leurs élites, créant une rupture inédite dans le lien démocratique.
On sort de ces quatre épisodes avec la sensation d'avoir revisité un récit longtemps oublié, un récit que la télévision française avait cessé de porter. Il est parfois controversé, parfois excessif, mais il parvient à donner vie à une vision de la France : sombre, mais vibrante, où Éric Zemmour réapparaît dans son élément, scrutant les ruines d'un récit collectif toujours en quête d'une identité perdue.







