"Je n'ai toujours pas fait le deuil de ma vie là-bas", confie Murielle Stentzel à BFM, souriante tout en évoquant sa douleur. Dix ans après le référendum, elle se souvient avec nostalgie des jours où l'idée de retourner en France ne lui serait jamais venue à l'esprit. "Si le Brexit était annulé, je ferais mes valises immédiatement", ajoute-t-elle, se décrivant comme "forcée" de quitter ce pays qu'elle chérissait tant. "Je ne suis pas rentrée de gaieté de cœur, surtout en laissant ma fille et ma petite-fille derrière moi, que je ne vois pas grandir."
Même après une intégration réussie et des années de bonheur, tout a basculé le 23 juin 2016. "La culture xénophobe a explosé, me frappant de plein fouet", se souvient-elle. Les résonances de l'incivilité sont devenues monnaie courante, y compris cette phrase cinglante qu'elle a entendue dans un bus : "Si t'es pas contente, retourne dans ton pays de grenouilles". Un climat de haine que de nombreux expatriés ont ressenti après le vote.
Une mise en retrait brutale
"J'ai pris une grande claque", confie Murielle. Elle devient rapidement persona non grata, même dans son milieu de travail. Son entreprise, étrangère, finit par quitter le pays, la laissant dans l'incertitude et le chômage. Ses candidatures se heurtent à des refus constants: "Britannique seulement". Craignant de commencer à détester le Royaume-Uni qu'elle avait tant aimé, elle finit par rentrer en France, le cœur lourd.
Quant à Ismaïl, 39 ans, il jubilait à Londres avant que le Brexit ne viennent chambouler son quotidien. "Je travaillais dans une banque avec un bon salaire, c'était le bonheur", rappelle-t-il. Mais, le climat de méfiance et les encouragements de ses collègues pro-Brexit ont rapidement terni cette image idéale. A la suite d’une déception personnelle face à ses collègues, il choisit finalement de quitter le pays, adoptant une nouvelle vie à Paris.
Un sentiment de rejet
Bruno Pollet, 58 ans, a vécu au Royaume-Uni pendant 23 ans avant de se voir contraint d’en partir. "J'avais l'impression que le pays me disait : 'fuck you'", déplore-t-il, peinant à obtenir sa résidence permanente après le vote. Ancien directeur de recherche dans l'industrie chimique, il se heurte à un climat de méfiance et de tensions croissantes, allant jusqu'à perdre son emploi. Dégoûté par la tournure des événements, il plaque tout pour rejoindre la Norvège, puis le Canada.
Les expériences d'exil, comme celles de Murielle, Ismaïl et Bruno, sont un rappel des sentiments dévastateurs provoqués par le Brexit. Selon les professionnels de l'immigration, environ 40 000 Français ont quitté le Royaume-Uni entre 2019 et 2022, un chiffre inquiétant qui se cumule à des départs dus aux restrictions de la pandémie de Covid-19, témoignent des médias comme Euronews.







